Juste un mot, le billet d’humeur de Pierre Bénard : contre-intuitivement
Hourra ! Une nouveauté brillante et cliquetante, qui pose celui qui vous la sert et cloue de déférence celui qui la reçoit, vient d’être avec succès lancée sur le marché.
Je parle de « contre-intuitif », dont la carrière, récemment entamée, semble prometteuse.
Le mot a de l’ampleur et de la majesté. Il vous donne à bon compte un air de philosophe.
Ou de sociologue, ethnologue, politologue, psychologue, polémologue… toutes les belles disciplines qu’il vous plaira d’envisager.
Par parenthèse, il est aussi très chic en ce moment, à propos du culte des martyrs, d’évoquer avec une mine docte la « dimension martyrologique ». A cause de « martyrologe » ? Passons.
Ce qui déconcerte en paraissant contrarier le bon sens, ce qui, au premier regard, peut passer pour absurde, cela est dit« contre-intuitif ».
« Le mieux est l’ennemi du bien », c’est contre-intuitif.
Le pavé de l’ours, c’est contre-intuitif, comme le fait de donner à droite un coup qui porte à gauche.
C’est bien joli, « contre-intuitif », et, du reste, régulièrement formé. Le tout est de n’en point abuser, de se souvenir d’ « antinomique », « contradictoire », « paradoxal », « illogique » …
Et de ne dégainer « contre-intuitivement » que dans les cas, fort rares, de nécessité absolue.
Dessin de Xavier Broxolle.