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Juste un mot, le billet d’humeur de Pierre Bénard : « Décapiter la tête »

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On ne « décapite pas la tête » mais la personne qui, jusqu’à la « décapitation », portait une tête sur ses épaules.

Aussi est-il absurde de dire, même au sens… figuré, « décapiter la tête » ou « les têtes du pouvoir ».

On « décapite ce pouvoir », dont on a « tranché » les têtes.

Il est vrai, au reste, que ce que l’on tranche et coupe, ce n’est pas la tête, mais le cou. Passons.

Toujours dans le même emploi, on ne saurait parler raisonnablement d’une personne « décapitée » à propos d’un individu que l’on a, comme on dit, « éliminé ». Sauf si, bien sûr, sa mort fut une décollation.

« Décapiter un condamné », c’est séparer sa tête de son corps. Par métaphore, « décapiter » signifie retrancher une autorité de l’ensemble qu’elle dirige.

L’un des travaux d’Hercule consista à « décapiter », tête après tête, l’hydre de Lerne.

On « décapite » un pouvoir en faisant sauter, non en « décapitant », les têtes qui le forment.

Le cher Littré cite, à ce mot, une belle phrase de Victor Hugo, qui utilise, bien sûr, le verbe à bon escient : « Dans la guerre que le despotisme fait aux supériorités sociales, il ne recule pas plus que la démagogie devant les attentats qui décapitent la société même. »

Dessin de Xavier Broxolle.