Juste un mot, le billet d'humeur de Pierre Bénard : Du « bashing » et de Sir James
République laïque et berceau des Lumières, la France a renoué depuis quelques années avec un rite sacré des antiques monarchies, étudié dans son Rameau d’or par Sir James George Frazer. Sous le titre « Le fardeau de la royauté », le docte anthropologue nous montre les rois d’autrefois condamnés, quand les choses tournaient mal pour leur peuple, à voir tout le respect dont on les entourait « faire place à la haine et au mépris ». « On chasse ignominieusement le monarque déchu, et il peut se féliciter s’il en échappe avec la vie. »
Rien de plus naturel, observe Frazer. « Si leur roi est leur dieu, il est, ou devrait être aussi celui qui les préserve ; et s’il a échoué, il doit céder la place à un autre qui n’échouera pas. »
Dans notre société moins rude, cela s’appelle « bashing » et se borne, normalement, à des flots de critiques, invectives, blâmes, nasardes et caricatures.
Mais pourquoi nommer en anglais, d’un mot qui se traduit par « rossée » ou « volée de bois vert », une pratique si française ?
N’a-t-on pas encore « exécution », « censure systématique », « entreprise de démolition », « persécution » ?… Je n’ose rappeler « détraction ». Mais j’ose « concert de dénigrement ».
Et pourquoi antéposer à l’anglaise le nom de la victime, « X bashing » pour « mise en pièces d’X» ?
Dessin de Xavier Broxolle.