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Juste un mot, le billet d’humeur de Pierre Bénard : Guerre des mots et mots de la guerre

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Depuis quelques années, quelques sombres années, on a vu évoluer, sous l’influence des spécialistes, le vocabulaire médiatique du massacre.

C’est ainsi que « frapper » s’est changé en « taper ».

Que « prendre pour cible », « viser », sont devenus « cibler ».

On « cible » ce que l’on va « taper ». 

C’est gentil, « taper », cela évoque l’enfance. « Tapez ce petit drôle », donne comme exemple Littré.

Moins brutal que « cogner », moins sérieux que « frapper ».

 « Le premier qui rira aura une tapette ».

J’en demande pardon aux éminents stratèges qui conjuguent à tout-va « taper » dans les studios, mais chaque fois,  en les entendant, je ne puis me défendre, oubliant galons et étoiles, de les imaginer à sept ans, chahutant dans une cour d’école.

Chaque fois, aussi, je m’interroge.

Faut-il dire « tape aérienne » ? Faut-il dorénavant parler de « force de tape » ?

Mais ainsi vont les mots. « Frapper », en d’autres temps, s’est substitué à « battre » : on disait alors « battre une muraille », « battre avec l’artillerie les lignes ennemies »…

Dessin de Xavier Broxolle