Langue française

Juste un mot, le billet d'humeur de Pierre Bénard : La fin des grandeurs

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Je souhaiterais vivement être cru lorsque j’affirme que ces billets ici publiés sortent d’un esprit pondéré et serein et d’une tête restée froide. Que je ne rêve pas d’un paradis perdu de la langue, que je n’aspire pas à une restauration du bon français de ma grand-mère. Pour le dire encore autrement, je me borne à enregistrer des évolutions en visant la neutralité du thermomètre qui marque 40 degrés à l’ombre sans indiquer une préférence pour la fraîcheur des soirs d’automne.

Avec seulement parfois, j’en revendique le droit, une grimace ou un sourire devant certains faits du langage, et aussi le souci de défendre des mots que je vois disparaître et, dans le style, une concision dont la pratique actuelle ne prend pas le chemin. Neutralité relative ? L’absolu n’est pas d’ici-bas.

C’est d’un cerveau paisible et d’un cœur sans colère, sans deuil mais sans non plus en danser la samba, que je note l’effacement de « grand » au profit de « majeur » : « un avantage majeur », « une décision majeure »… « Majeur » ou… « immense » : « immense comédien », « immense écrivain »,  « immense chef d’orchestre ».

Quant à ce qui était « immense », précisément,  ou « énorme », « démesuré », « gigantesque », « colossal »… cela se dit avec des préfixes : « maxi », ou, plus fort encore « méga », ou bien, appliquée même à un bombardement ! cette épithète empruntée au rayon des chemises : « XXL ». 

Dessin de Xavier Broxolle