Juste un mot, le billet d'humeur de Pierre Bénard : La syllabe en plus
Nous vivons à l’âge du « buzz ».
Qui parle devant un micro aspire à y parler longtemps.
De nombreuses stratégies sont mises en œuvre à cette fin, depuis les « eeuuhh » trois fois par phrase jusqu’aux formules toutes faites resservies à gogo, en passant par les « comment dire ? », les « disons », « du coup », « voilà », « si je puis me permettre », j’en passe et même beaucoup.
Dans le même but, on allonge les mots, on pratique la greffe syllabique.
Ainsi, on ne « court » plus un risque, mais on l’ « encourt », comme on « encourait » autrefois un châtiment, une censure ou un blâme.
De même, « multiplier » remplacé par « démultiplier ». D’une personne qui s’agite, se bat sur tous les fronts, on dit qu’elle « se démultiplie ».
On ne « tourne » plus jamais la loi, une interdiction, un obstacle, on les « contourne ».
Ce qui « durait » ne « dure » plus, mais « perdure ».
Ce ne sont que des préfixes, mais une syllabe par-ci, une syllabe par-là, comme les petits ruisseaux font les grandes rivières, avec des « eeuuhh », « disons », « on va dire » et « du coup », cela finit par composer de la matière verbale, par vous faire gagner des minutes au micro.
Dessin de Xavier Broxolle.