La Basilique Saint-Maurice d’Épinal

Classée en 1846 et toujours méconnue !
De
De la Ville d’Epinal et la Région Grand Est - service Inventaire et Patrimoines, textes de Martine Tronquart et Anne Malgouyres, photographies de Gilles André, cartographie d’Aloïs Bertrand-Pierron
Editions Lieux Dits, Collection « Parcours du Patrimoine »
Parution le 22 mai 2026
84 illustrations
80 pages
9 euros
Notre recommandation
4/5

Infos & réservation

Thème

Voici, dans une collection dont j’ai déjà parlé avec éloge, une monographie sur une église liée à l’histoire millénaire de la préfecture des Vosges. L’actuelle basilique présente encore des vestiges de l’église du XIe siècle qui succéda à un premier sanctuaire, sous l’invocation des saints Goëry et Maurice, édifié au siècle d’avant dans la toute nouvelle paroisse d’Epinal. Dès les origines, on assiste au partage, fréquent dans l’ancienne France, d’une même église entre une communauté et une paroisse. Très vite, un premier monastère bénédictin est remplacé par un chapitre de moniales toujours consacré à saint Goëry, favorisé par le succès du pèlerinage aux reliques de ce pieux thérapeute. Les Bénédictines devaient vite céder la place à un chapitre noble de Dames chanoinesses, semblable à celui de Remiremont et qui dura jusqu’à la Révolution.

Points forts

En quatre-vingts pages précises et abondamment illustrées, le petit livre parcourt une genèse architecturale qui, partant du XIe siècle, se prolonge jusqu’au XIXe. Du XVIIe siècle date la reconstruction de la chapelle des Voués, future chapelle du Rosaire, qui abritera, à partir des funérailles de Madame Yolande de Bassompierre, la sépulture des abbesses jusqu’en 1784. L’histoire des bâtiments de l’abbaye n’est pas oubliée. Pas plus que les méfaits du vandalisme et les récentes restaurations.

Une grande part est consacrée au mobilier. Parmi bien des œuvres intéressantes, les trois ensembles de tableaux XVIIe représentant les quinze « mystères du Rosaire », « joyeux », « douloureux » et « glorieux ». Mais aussi un beau groupe sculpté, une Mise au tombeau qui intrigue tant par son défaut d’unité stylistique que par l’histoire bizarre de sa sauvegarde lors des destructions révolutionnaires. La Révolution a été sans pitié pour le magnifique portail des Bourgeois, ouvrant au nord du côté de la ville, vidé de toute sa statuaire, avec tout de même la bonne fortune des têtes retrouvées et conservées au Musée du Département : un chef de saint Pierre, point trop endommagé, est d’une grande qualité d’exécution !

Un plan de la basilique, avec lettres et numéros renvoyant au texte et vice-versa, ouvre le petit livre, complété in fine par une chronologie et un important « index des artistes et artisans ». 

L’illustration est excellente. On apprécie de découvrir en double page la perspective cavalière d’Epinal en 1626, œuvre de Nicolas Bellot.

Quelques réserves

Rien à signaler, si ce n’est une double coquille dans la bibliographie, inadvertance fâcheuse dans la mesure où elle concerne André Philippe, le savant conservateur des Antiquités et objets d’art qui a beaucoup écrit, au début du siècle dernier, sur cette basilique. Sa contribution au Congrès archéologique de France est de 1933, non 83, et la publication, chez Picard, des travaux dudit colloque, de 1934.

Encore un mot...

Le lancement officiel de l’ouvrage vient d’avoir lieu, avec le concours des deux auteurs (ou autrices, si vous y tenez), lors des Imaginales qui se sont tenues du 28 au 31 mai à Epinal. Et vraiment, cette antique et riche église, où se concentre l’histoire d’une ville de Lorraine, parle abondamment à notre imagination. Cette publication coïncide par ailleurs avec l’ouverture d’un chantier de restauration, destiné à durer une dizaine d’années, de ce monument attachant.

Une phrase

« Premier édifice de la ville à bénéficier d’une protection au titre des monuments historiques, l’église est classée dès 1846, soit six ans après la liste fondatrice établie par la toute nouvelle commission des Monuments historiques. »

L'auteur

Martine Tronquart, auteur déjà de plusieurs publications sur ce monument, et Anne Malgouyres ont eu toutes deux des activités de recherche au Service départemental de l’Inventaire du Patrimoine culturel.

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