Jean-Léon l'Africain - Un humaniste arabe dans la Renaissance européenne

Un sujet passionnant mais une lecture parfois indigeste !
De
Houari Touati
Librairie philosophique J. Vrin,
Parution en mars 2026
307 pages
38 €
Notre recommandation
2/5

Infos & réservation

Thème

On connaissait Léon l'Africain grâce à Amin Maalouf qui a donné de sa vie un roman passionnant dans lequel le vrai, c'est à dire le connu, est complété par le vraisemblable.

Toute autre est la démarche de Houari Touati qui, redonnant à Hassan al-Wazzan (v. 1494 - v. 1554) l'intégralité de son nom romain, s'intéresse à Jean-Léon l'Africain pour son œuvre qu'il analyse par le menu, car il voit dans ce personnage le trait d'union humaniste entre la civilisation arabo-musulmane et la Renaissance européenne, les deux, à plusieurs siècles d'intervalle, puisant leur philosophie dans des textes gréco-romains souvent mal traduits, mal interprétés, particulièrement pour des raisons religieuses.

Points forts

Ce livre érudit apporte beaucoup au débat éculé sur les vertus réciproques des cultures arabo-musulmanes et européennes.

On échappe ainsi au lieu commun d'un seul savant andalou en la personne d'Averroès, toujours cité comme porte-drapeau.

On découvre que l'Andalousie qui était, avant la reconquête des rois catholiques, le siège de la civilisation des Almohades abritait de nombreux intellectuels ou savants outre le fameux Averroès  (1126-1198),  lui-même victime d'une disgrâce à la fin de sa vie sous la pression des illuministes religieux.

Par ailleurs, la Perse musulmane a été l'autre grand foyer de la civilisation inspirée par la Grèce antique avec particulièrement la figure bien connue d'Avicenne, médecin et philosophe, (980-1037), ainsi que celui qui est considéré comme l'inventeur des mathématiques, Al-Khwarizmi (dont le nom latin est Algoritmi…) ayant vécu au IXème siècle à Bagdad.

Cependant la vraie découverte, soulignée par Jean-Léon l'Africain, est que cette civilisation n'a pas coexisté avec la Renaissance italienne.

Auteur de plusieurs biographies, dont celles d'Averroès et d'Avicenne, Jean-Léon l'Africain, dont la vie se déroule entre l'Arabie et l'Italie, d'où ses deux noms (Hassan al-Wazzan en arabe ), justifie au 16ème siècle l'indigence de la culture arabo-musulmane par sa grandeur passée alors que la Renaissance italienne, puisant à son tour dans les textes philosophiques et scientifiques grecs et romains, est à son plus haut.

Quelques réserves

L'érudition et la richesse de ce livre exigent une lecture attentive et souvent difficile.

Encore un mot...

Un livre à garder dans sa bibliothèque pour nourrir l'éternel débat entre la supériorité de la culture européenne sur celle des arabes, débat dans lequel le philosophe Averroès est cité à l’envi pour la contester.

Une phrase

" Cependant, Jean-Léon l'Africain n'a pas discerné cette figure de l'humanisme dans le contexte arabe sans prendre la mesure de l'écart séparant l'humanisme arabe de l'humanisme italien, avant de le traduire en termes de décalage historique. Car il ne pouvait manquer d'observer que, si les humanistes européens étaient une force vivante et agissante, les humanistes arabes - qui ne l'étaient plus - s'en trouvaient remisés dans le passé, au point de n'être d'aucune efficience. " P. 266

L'auteur

Houari Touati, né en 1970, historien et anthropologue algérien, élu à l'Académie de l'Europe, directeur d'études émérite de L'EHESS ( Paris), a publié de nombreux ouvrages sur l'Histoire de l'Algérie et de l'Islam.

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