La Duchesse de Berry
publié en mai 2026
320 p.
23€
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Thème
La duchesse de Berry reste largement méconnue alors qu’elle est une personnalité originale qui aurait pu jouer un rôle majeur dans l’histoire du XIXe siècle et même devenir reine de France si le destin n’en avait décidé autrement !
Née Marie-Caroline de Bourbon-Siciles, princesse de Naples, on la marie à 18 ans au second fils de Charles X, le duc de Berry. Mais celui-ci, un soir de 1820 en sortant de l’Opéra, est assassiné. Or, sa jeune épouse est enceinte… Et pour cet enfant, Henri, héritier du royaume de France, la duchesse va se battre pour faire reconnaître sa légitimité de Bourbon alors que les Orléans lorgnent le trône…
Et quand on dit qu’elle va se battre, ce n’est pas au sens figuré mais au sens propre : habillée en homme, excellente cavalière, elle prend les armes et tente en 1832 de soulever les Vendéens restés fidèles au roi.
La vie de la duchesse de Berry se déroule à la fois sous les deux frères de Louis XVI, Louis XVIII (qui meurt en 1824), et Charles X, son beau-père, qui accède au trône mais se montre trop inflexible, et sous Louis-Philippe qui finit par abdiquer en 1848, sur fond de révolution et de fin du Second Empire (elle s’éteint en avril 1870). C'est donc tout un pan du XIXè siècle qu'il nous est donné de revisiter.
Cette biographie retrace toutes les étapes de la vie de cette intrépide princesse (d’où le sous-titre « l’Insoumise »), de sa jeunesse en Sicile jusqu’à son emprisonnement en la citadelle de Blaye, et de sa triste fin de vie en exil. En retraçant ces événements, l’auteure Marine Baron insiste surtout sur le caractère, la personnalité, le courage de son héroïne.
Points forts
On admire cette femme qui fait face à des épreuves qui en ébranleraient plus d’une : ses trois premiers enfants qui ne vécurent pas ; son époux, assassiné ; sa fille (Louise d’Artois) qui décède avant elle ; son échec à soulever la Vendée ; les calomnies qui le présentent comme inculte puis dévergondée, sa déception du peu d’enthousiasme de son fils Henri à s’imposer comme roi de France, sa vieillesse où peu à peu elle perd la vue…
L’auteur explique la forte personnalité de Marie-Caroline par son hérédité, autrement dit "elle avait de qui tenir" ! Sa grand-mère Marie-Caroline d'Autriche, fille de l'impératrice Marie-Thérèse et soeur de Marie-Antoinette, reine de Naples, mère de dix-huit enfants, était une souveraine inflexible, très hostile à Bonaparte et aux Français, une femme qui tient les rênes du royaume, qui gouverne et impose sa volonté jusqu'à prendre les armes. Nul doute qu'en regardant vivre sa grand-mère, la petite fille a retenu des leçons...
On ne s’égare pas dans la généalogie d’une part parce qu’un arbre en tête du livre la détaille mais aussi parce que l’auteur prend soin de rappeler qui est qui chaque fois qu’elle cite un nom. Et surtout, parce que les notes sont en bas de page (cela devient rare) au lieu d’être reportées en fin de volume. La lecture en est facilitée.
On apprécie de lire, à plusieurs reprises, le jugement de Chateaubriand sur cette duchesse à laquelle il voue admiration et fidélité. Il prend sa défense, il plaide sa cause, notamment quand après l'échec du soulèvement vendéen, elle sera emprisonnée en la citadelle de Blaye.
L'épisode de l'accouchement du futur Henri (p. 152) est à la fois amusant et révélateur du caractère et du sang-froid de la duchesse : elle exige que le cordon qui la relie à l'enfant ne soit coupé que lorsque les témoins auront été trouvés et seront présents pour attester de l'authenticité de la naissance de l'héritier mâle tant espéré !
Quelques réserves
On ne sait toujours pas ni où ni comment la duchesse a rencontré celui qu’elle épouse en secret, en secondes noces, le comte Hector Charles Lucchesi-Palli…. Dont elle attend un enfant alors qu’elle est prisonnière à Blaye. Un mystère qui demeure, faute de sources historiques sans doute…
Elle nous est présentée comme particulièrement intéressée par les arts décoratifs …Une table aux manchons de cristal est largement décrite … On aurait apprécié d'en voir la photo.
On aurait aimé aussi pouvoir admirer quelques autres portraits en plus de celui de la couverture… La duchesse de Berry, sans être réellement belle, avait un charme fou, une énergie attirante, et sa grande générosité la rendait très populaire auprès des Parisiens.
Encore un mot...
L'auteure peut être félicitée d'avoir découvert, dans les archives de Naples, un document inédit, à savoir le journal de la traversée en mai 1816 de la jeune duchesse tout juste mariée par procuration au duc de Berry. Quittant le port de Naples, elle embarque sur la frégate Christine pour la France. Pendant la traversée elle rédige quotidiennement, en français, un journal de sa traversée jusqu'à Marseille puis de son voyage jusqu'à Paris. S'il ne contient pas de révélations majeures, il révèle plusieurs aspects de la personnalité de Marie-Caroline : son attention aux autres, son sens du détail, son intérêt pour les techniques de navigation, sa patience pendant la quarantaine imposée, sa capacité à se conformer de bonne grâce aux obligations de son rang... Quant aux lettres échangées entre elle et son époux, elles témoignent que de ce mariage arrangé va naître un amour réciproque.
Une phrase
“ Marie-Caroline, au cœur même de sa défaite cuisante [en Vendée] ne cesse d'être considérée comme une héroïne, et peut à peu près compter sur l'estime de tous, y compris sur celle de ses ennemis. On lui reconnaît une bravoure particulière, le panache d'une héroïne romantique, une sorte de supplément d'âme dont d'autres avant elle ont manqué. Certains, même, la comparent à Napoléon, tant son courage impressionne.” P. 221
L'auteur
Marine Baron est docteur en philosophie, docteur en droit et doctorante en histoire à l’Université Paris-Sorbonne. Elle a notamment étudié la communication au CELSA et les arts décoratifs à l’Ecole du Louvre.
Elle s’est d’abord engagée comme officier volontaire dans la Marine Nationale, puis a travaillé dans l’industrie pharmaceutique, l’import-export et le secteur bancaire.
Actuellement élève-avocate à l’EFB de Paris, elle est l’auteur de trois livres, Lieutenante, être femme dans l'armée française (essai, Denöel, 2009), Ingrid Bergman, le feu sous la glace (essai, Les Belles Lettres, 2015) et La Couverture (roman, Balland, 2020).
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