L’Ecole des illettrés. Réapprendre à lire et à écrire
Parution le 2 septembre 2026
256 pages
19,90 E
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Thème
C’est un classique de l’édition française que les tableaux de « l’enseignement en détresse », pour reprendre le titre d’un ouvrage déjà ancien de Madame de Romilly. François Bayrou, Xavier Darcos, Jean-Paul Brighelli s’y sont essayés à leur tour. On ne compte plus, depuis quarante ans, les essais consacrés en France à l’échec de notre système éducatif, à la baisse du niveau dite ingénieusement « nivellement par le bas ».
Si Madeleine de Jessey, professeur en classe préparatoire littéraire, n’innove pas dans le choix de son sujet, elle a le mérite de l’aborder d’après une solide et diverse expérience… et le triste avantage d’évoquer le naufrage de l’institution scolaire à une époque où la dégradation atteint un point inouï. De Jacqueline de Romilly en 1984 à Jean-Paul Brighelli en 2005, la chute n’avait, certes, pas cessé. Lisez ce livre pour vous faire une idée du développement du processus en septembre 2026.
Points forts
L’auteur multiplie les exemples. Ils sont à en perdre le sommeil. Comment peut-on encore parler, en lettres (car c’est là son sujet), de « filière d’excellence » ? Elle voit arriver dans sa classe prestigieuse des élèves qui ne lisent pas, ne savent pas, ne possèdent ni orthographe ni vocabulaire. Mais au lieu de s’enfermer dans la constatation désolée, elle discerne les racines de cet état de choses. Mieux, plutôt que de s’en tenir à des recommandations, elle présente les remèdes sous la forme d’éloges : éloge de la lecture, éloge de la poésie et des beaux vers appris par cœur, éloge de la grammaire normative, éloge de l’histoire littéraire chronologique, éloge de l’écriture manuscrite, éloge du livre au lieu de la photocopie
J’en passe. Tous les aspects de la catastrophe des enseignements littéraires sont l’objet de son témoignage et de sa réflexion, à commencer par les ravages d’un apprentissage extravagant de la lecture jusqu’à l’abus du « thématisme » dans la présentation des œuvres. Les dérives de la doctrine pédagogique en France sont largement mises en lumière. Je me souviens d’un inspecteur de lettres qui convenait que, dans l’explication de texte, outre les interprétations narratologique, psychanalytique, sociologique et structuro-je ne sais quoi, on avait licence aussi de préciser le sens du texte.
Quelques réserves
Un point de détail : je ne suis pas sûr de la corrélation, que je trouve proposée dans le livre, entre le fait d’être lecteur et celui d’être moins violent. La brutalité correspond à un profil mental, à des dispositions générales qui englobent l’absence d’intérêt pour la lecture, sans que l’on puisse faire, telle quelle, l’équation violence-illettrisme. Plus d’une fois, en outre, Madeleine de Jessey semble mettre son espoir dans l’action des politiques. La dernière phrase du livre prend même la forme d’un « envoi » aux « politiques de tous bords », qui ont « la balle dans leur camp ».
Il est trop évident (et je crois que l’auteur le sent) qu’une telle affaire dépasse de beaucoup le rayon de l’action politique. Trop évident aussi que cette intervention, lorsqu’elle s’exerce dans le bon sens, nécessairement fragmentaire et inférieure aux enjeux, est par ailleurs sujette à être annulée par l’administration issue de la majorité suivante. A-t-on tiré tous les profits que renfermait le beau travail d’Alain Bentolila ?
Encore un mot...
Je l’ai indiqué, j’y reviens. L’école des illettrés brosse un tableau de la situation dans le domaine de la langue et de la littérature. Reste que le chapitre V sur « l’agonie de la logique : des cerveaux déstructurés » ouvre évidemment des perspectives vers des défaillances sur d’autres terrains. Bravo à l’auteur pour sa prise de position en faveur des bonnes vieilles « analyses grammaticale et logique » !
Une phrase
« Si la grammaire de la langue française apparaît de prime abord comme un ensemble de règles excessivement nombreuses et complexes, elle est aussi et surtout pourvoyeuse d’une ossature mentale qui conditionne l’accès à la plupart des aptitudes de l’esprit, un marchepied sans lequel nos écoliers ne sauraient aisément entrer en possession de ce qui les rendra sensés, intelligibles et libres. »
L'auteur
Normalienne, professeur agrégé de lettres classiques et titulaire d’un doctorat en littérature comparée, Madeleine de Jessey (née en 1989) enseigne en classe préparatoire.
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