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Un livre testamentaire, bilan d’une vie partagée entre révoltes politiques et proximité d’hommes de pouvoir
De
Régis Debray
Gallimard
Parution le 16 avril 2026
201 pages
20 euros
Notre recommandation
4/5

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On n’est jamais mieux servi que par soi-même !

Régis Debray résume de sa propre plume son livre en quatrième de couverture en écrivant : « Chacun ses morts, ses mythes et ses mots ».

Et c’est ainsi que se profilent d’emblée les trois parties de cet ouvrage où, tour à tour, l’auteur nous confie avec une émotion non feinte et une sagesse vespérale mâtinée d’humour et de tendresse le portrait de ces hommes et de ces femmes qui l’ont construit dans son développement militant (ses morts), son regard acéré sur le changement du monde (ses mythes) et son champ de vocables choisis avec une forme de gourmandise pour leur incisivité (ses mots).

Tout cela donne lieu à une lecture dans laquelle transparaît une culture pointue, une sérénité apaisée et un bonheur assumé, fruits d’une existence hors du commun tout au long de laquelle se sont mêlés l’aventure, l’amour et la mort…

Points forts

Régis Debray fait partie de ce microcosme intellectuel discret mais influent. On évoque ici ses prises de position, on fait appel là à certains de ses propos lâchés dans le courant d’une publication ou d’un ouvrage devenu référence en “sa” matière, et les critiques éventuelles deviennent assez rapidement obsolètes tant le personnage inspire à la fois le respect et une certaine affection.

Ce livre est en ce sens un témoignage et un testament. Pas seulement parce que son auteur a atteint un âge empli de raison mais parce qu’on le sent marqué d’une entéléchie authentique.

Quelques réserves

Oui bien sûr, les choix « révolutionnaires » de Régis Debray à une certaine époque peuvent interpeller, ses liens avec quelques personnages auréolés d’une réputation sulfureuse peuvent choquer, mais tout ceci a au moins le mérite de montrer la force de la conviction et la sincérité de l’engagement de l’écrivain.

Encore un mot...

« O tempora, o mores ! ».

Les temps changent, le monde change et la tentation est souvent forte d’évoquer le passé, le regard embué et la langue amère !

Le livre de Régis Debray n’est pas une génuflexion devant ce type de diatribe, l’auteur constate simplement avec une ironie contenue et bienfaisante les mutations profondes d’une société qu’il a amplement scrutée, analysée et croquée en prenant des risques, parfois pour sa propre vie.

Il est un témoin précieux de l’Histoire, avec ses soubresauts et ses défaillances, mais aussi avec ses instants d’accomplissement et de réussite, dans le but affirmé de la justice et du bonheur des peuples, parfois même contre leur propre volonté…

Nul regret de sa part, en a-t-on le sentiment en parcourant ces pages, et on peut aisément imaginer que dans son esprit, s’il fallait réenvisager un chemin identique, il le reprendrait et rien que pour cette conviction sincère, quelque peu édulcorée dans notre pays aujourd’hui chez tous ceux qui aspirent aux plus hautes fonctions, chapeau bas Monsieur Debray !

Une phrase

« Contemporains nous aurons été du basculement de notre centre de gravité. C’est en traversant l’Atlantique que l’Européen rejoint le palpitant. Et qu’on abandonne l’histoire d’hier pour la géohistoire d’aujourd’hui…Déclassement et reclassement ». P.90

L'auteur

Régis Debray est né à Paris en 1940. Normalien, philosophe, écrivain, conseiller politique, il côtoie, jeune homme, les plus ardents protagonistes sud-américains de la Révolution dont le Che et le Lider Maximo, séduits par son opuscule Révolution dans la révolution.

Rentré en France, il devient proche du parti communiste puis du parti socialiste, sans être encarté, et est propulsé conseiller du candidat François Mitterrand en 1974, et nommé chargé de mission par ce dernier après sa victoire en 1981.

Il est l’auteur de plus d’une centaine de livres, d’essais et de diverses publications, seul ou en lien avec différents intellectuels dont Jean-François Colosimo et, plus récemment, Sylvain Tesson dans Le grimpeur et le grognard, chroniqué sur Culture Tops.

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