One Man Show

Franck Ferrand: Histoires

Une voix pour l'histoire: au plaisir chaleureux de l'esprit et du partage
De Franck Ferrand
Mise en scène : Eric Metayer

Infos & réservation

Théâtre Antoine
14 boulevard de Strasbourg
75010 Paris
Tél. : 0142087771
http://www.theatre-antoine.com
Jusqu'au 30 décembre: du jeudi au samedi, à 19H

Lu / Vu par

Anne Jouffroy
Hélène Renard
Publié le 30 nov . 2016

Recommandation

4,0ExcellentExcellent

Thème

Franck Ferrand raconte des histoires. Mais pas n'importe lesquelles.

Celles qui remettent en cause les certitudes affirmées jusqu'ici. Celles qui bouleversent ce que l'on croyait savoir ou que l'on nous avait enseigné : "Les vérités toutes faites ? il y a toujours des gens pour les bousculer". Et de citer à l'appui, par exemple, les hypothèses de l'écrivain (oublié et quasi maudit)  Pierre Louÿs se penchant sur Molière et Corneille.

En une heure de spectacle, il se propose de relater trois "histoires à énigmes" car, affirme-t-il d'emblée, "Il y a en Histoire des vérités inattendues". Il veut donc traquer ces vérités cachées sous la surface, comme on gratterait un vernis.  Il affectionne les vérités qui dérangent, qui bousculent, qui troublent les certitudes. Et on pourrait lui reconnaître un léger penchant pour la polémique, qui le pousse (parfois) à  ferrailler avec certains historiens, ceux qui n'aiment guère que l'on piétine leur pré-carré...

Il raconte des histoires. Mais pas n'importe comment.

Avec passion. Car ce qu'il aime profondément, c'est partager. Partager le plaisir de se pencher sur quelques épisodes historiques qui conservent une part de mystère. Partager aussi ses convictions.

Parmi lesquelles celles-ci : "L'Histoire est une matière vivante" et "L'Histoire est une formidable école de l'imagination". Il aime comprendre comment les différents éléments d'une histoire s'imbriquent les uns dans les autres pour faire sens, comme dans une enquête policière (il avoue compter depuis l'adolescence parmi les fans de Columbo !).

Points forts

  • La surprise qui attend le public : le programme n'est jamais le même, il n'est pas fixé à l'avance. Chaque soir, c'est le tirage au sort qui s'en charge ! Par trois fois, quelqu'un dans la salle choisit une enveloppe parmi les quatre que lui tend Ferrand, et se révèle ainsi le sujet choisi. Il  énonce alors les trois autres sujets auxquels on a échappé...
  • Cette tactique, habile, lui permet de ne pas (ou pas trop) se répéter et d'éviter la monotonie de conter chaque soir la même histoire. Pour notre part, nous avons eu droit au portrait de Schliemann découvrant Troie (ville mythique ou historique ?) et aux hypothèses audacieuses sur son  emplacement; à la mort d'Henri IV et au complot programmé de son assassinat ; au mystère des relations Corneille-Molière. Mais, avec tirage au sort différent, nous l'aurions écouté sur Mayerling, Zola, Voltaire, Marco Polo, Jeanne d'Arc, le tombeau de Napoléon, Alesia... le tout dans une "fantasmagorie étayée", selon sa définition.
  • Le décor  et la mise en scène servent bien cette prestation en solo : décor  sommaire, un fauteuil blanc qui rougit ou bleuit sous les spots, un bureau vide, un tabouret haut... Rien de spectaculaire, l'attention du public n'est pas détournée mais concentrée sur le conteur.  Quant à la mise en scène, elle est simple et chronométrée :  pour chaque histoire, le conteur dispose de 20 mn, et une légère sonnerie l'invite à conclure.
  • Le style du conteur, détendu, très à l'aise, sachant instaurer avec le public une relation chaleureuse. Il s'autorise à évoquer quelques anecdotes personnelles sur ses rencontres ou ses émissions, effet habile qui donne un ton confidences. Le public adore ! 
  • Le miracle s'opère : on écoute et on apprend. On a beau connaître l'épisode historique évoqué, il y a toujours un détail (ou plusieurs) qui modifie la perspective et invite à mettre en doute nos connaissances. Un  exemple ? On sait tous qui a assassiné Henri IV. Mais on sait moins que, pour la seule fois en France, siégeaient au Conseil du Roi deux ambassadeurs étrangers dont la correspondance diplomatique a tout récemment fourni aux historiens des révélations surprenantes.  
  • L'élégance de Ferrand, c'est aussi de citer les historiens auxquels il aime se référer  : Erlanger par exemple pour Henri IV ou Petitfils pour Versailles, et bien d'autres. Et de terminer cette heure par un hommage  au maître des lieux, André Antoine. Sur les loges d'avant-scène du Théâtre Antoine, deux dates gravées immortalisent encore son fondateur : 1897, date de son acquisition du théâtre et 1943, date de son décès. 

Points faibles

  • La douzaine de sujets choisis est très "grand public", peut-être aurait-on aimé découvrir des épisodes moins connus.
  • Dans la salle, beaucoup de cheveux gris ou blancs... Où sont les jeunes dont on dit qu'ils ne connaissent pas l'Histoire de leur pays ? C'est vers eux que le théâtre aurait dû orienter une énergique publicité.
  • Des mots comme  "mystères", "secret", "révélation" sont toujours délicats à appliquer à l'Histoire, le conteur s'en méfie un peu même si, dans le ton qu'il utilise, on sent que ces notions ne sont jamais bien loin... 

En deux mots ...

Une heure (qui passe vite), trois histoires (seulement), on rentre chez soi assez tôt pour un diner, et la conversation est toute trouvée : chacun de nous devient conteur d'histoires !

Une phrase

"Je m'amuse, ça me fait plaisir, je crois me retrouver dans la cour de récréation quand on jouait à Louis XIV et que le moindre bâton faisait office de sceptre".

L'auteur

Dans la capitale du Poitou, sa province de naissance (1967), Franck Ferrand suit sa scolarité jusqu'au bac puis, à Paris, entre à Sciences Po, d'où il sort diplômé deux ans plus tard, en 1989.Il  entreprend un DEA d'histoire et civilisations à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences sociales. Après son service militaire, il occupera durant deux années un poste de co-responsable de l'histoire orale  au service historique de l'Armée de l'Air. Il s'investit dans l'édition tout en rédigeant de nombreux épisodes de la série "les Aventuriers du XXe siècle", présentés par Pierre Bellemare sur Radio Nostalgie. Il acquiert là, le "style radiophonique" qui le lance. En 2003, Europe 1 lui propose d'animer sur l'histoire un rendez-vous  quotidien, lequel se prolonge depuis 15 ans sous diverses formes et aujourd'hui, sous le titre  "Au coeur de l'histoire". Jusqu'en 2015, France 3 diffusait son magazine  "l'Ombre d'un doute".

Il a publié une dizaine de livres. Le premier  (en 2008) "l'Histoire interdite". Et parmi les plus récents : "L'Histoire au jour le jour" (almanach historique) ; "François 1er, roi de chimères" ; et son "Dictionnaire amoureux de Versailles" (Plon).

Est-il journaliste ? Animateur ? Ecrivain ? Historien ? Sans doute, un peu tout cela à la fois !  Caresse-t-il le rêve de devenir maintenant acteur ?

- Qui suis-je ?  demande Franck Ferrand dès son entrée en scène.

Il donne lui-même la réponse : une voix.

Une voix pour l'Histoire que des habitués de la radio vont pouvoir écouter pour 30 représentations, "en chair et en os". 

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