Opéra-Ballets-Musique

Jiri Kyilan par le Ballet de l'Opéra de Paris

Un spectacle de ballets dont on sort ébloui
De Jiri Kylian

Infos & réservation

Opéra de Paris: Palais Garnier
Place de l’Opéra
75009 Paris
Tél. : 0892899090
http://www.operadeparis.fr
Jusqu'au 31 décembre

Lu / Vu par

Dominique Poncet
Publié le 09 déc . 2016

Recommandation

5,0En prioritéEn priorité

Thème

 Jiri Kylian ne s’étant  jamais laissé « enfermer » ni dans aucun style, ni dans aucun vocabulaire, ni dans aucune ligne directrice, il est inutile de chercher à définir son art, qui n’a jamais cessé d’évoluer et de se transformer au gré de ses fantasmagories, de ses lectures, et de ses interprètes. Tout juste peut-on  dire que  chacune de ses créations provoque toujours étonnement et choc esthétique.

Les trois pièces présentées  en ce moment à Garnier  sont comme trois chatoiements d’une œuvre riche de mille reflets:

- La soirée s’ouvre avec « Bella Figura ». Dans cette œuvre très sensuelle, composée en 1995 sur des musiques des XVII° et XVIII° siècles, le chorégraphe s’interroge sur l’ambiguïté de la représentation théâtrale, cet espace infime qui sépare la réalité de l’imaginaire.

- « Tar and feathers » ( Goudron et plumes), qui lui succède et qui fait son entrée au répertoire, se regarde comme une métaphore de la dualité entre  l’insoutenable légèreté de l’être et l’insupportable lourdeur de l’attraction terrestre. Cette pièce, qui date de 2006, est exécutée  dans un décor très sobre, meublé  par une sculpture très lumineuse de papier bulle et un piano perché sur des pieds, comme des échasses. Sur l’instrument qui semble ainsi échapper à la pesanteur, la pianiste Tomoko Mukaiyama, improvise, en live, à partir de la musique d’un concerto de Mozart. A terre, des danseurs qui semblent se débattre pour échapper à la gravité… 

- Le programme s’achève sur une pièce que le Maître composa en 1978  sur une partition d’Igor Stravinsky pour le NDT.  Interprétée devant un  impressionnant « mur » de tapis orientaux, c’est une magnifique, magnétique et poétique réflexion sur le groupe et l’individualité, la solidarité et… le partage. Aucun de ses  seize interprètes, ne quitte d’ailleurs le plateau pendant toute son exécution.

Points forts

L’extraordinaire éclectisme de la soirée. Le programme  est signé du seul Jiri Kylian. Mais la fantaisie de ce dernier, son imagination, son inspiration sont telles qu’on plonge dans des univers très différents. En plus de quarante ans de créations, le chorégraphe n’a jamais  revisité une de ses pièces,  il n’a jamais  « bégayé », explorant inlassablement  l’être humain, une matière première qui lui semble inépuisable. 

Il a bâti son œuvre  non seulement avec ces « outils » du « domaine public », que sont la (les) musique(s), toutes les techniques de danse  (classique, contemporaine, populaire, folklorique),  mais  aussi avec les siens propres : sa propension à la fantasmagorie, son sens de la beauté formelle, sa curiosité et sa science du mouvement.

Passer une soirée avec lui est l’assurance, pour le spectateur,  d’être embarqué vers des « ailleurs » aussi beaux que singuliers, visuellement très forts.

Evidemment, un créateur de cette trempe là, ne souffre pas la médiocrité. Il appelle à des interprètes hors pair.  Mais, comme on s’y attendait,  Le Ballet de L’Opéra  de Paris et ses étoiles habitent magnifiquement l’œuvre du Maitre. Précision, maitrise, virtuosité, émotion, intelligence d’interprétation et surtout, engagement physique et mental..Tout est parfait.

Points faibles

A dire vrai, le soir où nous avons vu ce spectacle, il n’y en avait pas,  les interprètes programmés s’étant montrés tous époustouflants.

En deux mots ...

Si la nouvelle directrice de la Danse à l’Opéra de Paris, Aurélie Dupont, a programmé cette soirée d’hommage à Jiri Kylian, c’est du fait de la défection de Benjamin Millepied. Une fois encore, l’adage selon lequel, à toute chose malheur est bon, se vérifie. Ce n’est pas tous les jours  que le Palais Garnier affiche trois ballets du Maitre d’origine tchèque. 

Cette soirée est à marquer d’une pierre blanche, d’autant que deux des œuvres qui y sont présentées le sont pour la première fois sur l’illustre scène. On en sort ébloui.

Une phrase

« J’aime retrouver dans la danse les fondements, les mouvements du comportement des gens » ( Jiri Kylian)

L'auteur

Né le 21 mars 1947 à Prague d’une mère danseuse  classique et de claquettes, Jiri Kylian  est depuis  longtemps considéré  comme l’un des plus grands  maîtres de la danse européenne.

Enfant prodige,  il n’a pas neuf ans quand il entre au Conservatoire de sa ville natale pour y  étudier le piano et la danse. Quand les forces soviétiques envahissent son pays, il part pour l’Allemagne. Précédé de sa réputation de danseur exceptionnel, il est engagé comme soliste au Ballet de Stuttgart. Trois ans plus tard, il crée sa première pièce, « Paradox », dont il signe aussi la musique et la scénographie. Sa carrière de chorégraphe est lancée. 

En I975, parce que le «Nederlands Dans Theater (NDT) l’appelle, il part s’installer aux Pays Bas. Il  restera dans cette très créative structure vingt-quatre ans, d’abord comme directeur artistique, puis comme simple chorégraphe principal. Il y créera plus de soixante-dix ballets, qui échappent à toute classification et dont il conçoit  parfois les décors, les costumes, les éclairages et la musique.

Aujourd’hui, Jiri Kylian vit toujours aux Pays-Bas où il a fait débuter des  créateurs comme Mats Ek. Mais à côté de l’art chorégraphique, il  privilégie, désormais, d’autres expressions artistiques. Il fait  des films, prend des photos et écrit des nouvelles, tout en « surveillant  » ses œuvres, sans cesse remontées par les plus grandes compagnies du monde.

Il revient aujourd’hui à l’Opéra de Paris (qui  le vénère), avec trois pièces, très différentes, de périodes très différentes aussi. Deux d’entre elles entrent au répertoire de la vénérable Institution. C’est un événement.

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