Opéra-Ballets-Musique

New York City Ballet

Chapeau bas!

Infos & réservation

Théâtre du Chatelet
1, place du Chatelet
75001 Paris
Tél. : 0140282840
Jusqu'au 16 juillet

Lu / Vu par

Dominique Poncet
Publié le 05 juil . 2016

Recommandation

5,0En prioritéEn priorité

Thème

Pour les amateurs, il va être difficile de choisir parmi les six programmes différents de l’affiche. Sur les vingt ballets qui les composent, quatorze sont signés de celui que les initiés ont surnommé « Mister B ». Quatorze chefs-d’œuvre que le maître cisela sur les musiques qui les ont inspirés. Du plus ancien, « Apollo », créé en 1928 pour les ballets russes de Diaghilev et qui fut la première collaboration entre le chorégraphe et Stravinsky, jusqu’à « Mozartiana », l’une de ses dernières créations, écrite en 1981 sur la suite n°4 de Tchaïkovski. En passant par d’autres pièces, éblouissantes de grâce et de virtuosité, comme la « Valse », imaginée en 1951 sur une partition  de Maurice Ravel, ou « les Quatre Tempéraments », créée en 1946 sur une composition de Paul Hindemith, dansée en simple justaucorps et qui se veut l’expression de quatre humeurs différentes, dont la mélancolique et la sanguine.

A ces œuvres majeures, s’en ajoutent donc six autres, qui ne les dépareillent pas, dont « West Side Story », un étourdissant best of de la comédie musicale chorégraphiée pour la scène par Jérôme Robbins en 1958, et  que le chorégraphe revisita, en 1961, pour le cinéma. Et  puis, pour montrer qu’il n’est pas prisonnier de son prestigieux héritage,  le NYCB  a programmé des pièces de chorégraphes vivants qui travaillent avec lui, dont la très attendue « Everywhere we go », écrite pour vingt-cinq danseurs, par le jeune (28 ans) et très en vue Justin Peck, sur une musique du compositeur et chanteur américain, Sufjan Stevens. De quoi mettre le feu aux planches du Châtelet !

Points forts

- D’abord cet hommage, sans précédent en France, rendu à Georges Balanchine, le fondateur du NYCB. Sur les quatorze ouvrages du Maitre programmés ici, certains n’avaient  encore jamais été présentés à Paris. Difficile, d’accorder des préférences : tous sont des joyaux! 

- Le reste du « menu » de la programmation, qui accueille parmi les meilleurs « jeunes pousses » de l’écriture chorégraphique postclassique, dont l’audacieux Christopher Wheeldon et le très inventif Justin Peck, la nouvelle coqueluche de la Compagnie américaine. 

- Le niveau exceptionnel de la troupe. Sur près de cent danseurs, un quart environ est « principal » (en France, on dit « étoile »), un cinquième, « soliste », mais tous semblent animés  par le même idéal de perfection. Il faut dire que la plupart d’entre eux se connaissent depuis l’ adolescence, puisqu’ils sont presque tous issus de « la School of American Ballet », l’école que Balanchine ouvrit en 1948 et qui reste, aujourd’hui encore, la meilleure école  américaine de danse classique. Il faut également dire qu’au NYCB, où règne une discipline de fer, toute défaillance se solde  par un renvoi…

- Paradoxalement, la diversité de la troupe. Oui, bien sûr, les ensembles sont parfaits, et tout le monde danse dans la même «direction». Mais chaque interprète a su et pu conserver son originalité … Cette addition de « différences », dans les personnalités comme dans les gabarits, donne à la troupe un supplément d’âme assez unique dans un Ballet classique, où généralement, l’usage veut qu’on privilégie la rectitude des lignes de danseurs : une seule taille, une seule tête,  une seule paire de jambes pour une perfection visuelle… mais  cela souvent  au détriment de l’émotion.

- La musique. Ici, pas de bande son. Toutes les partitions sont jouées  (excellemment) en live, grâce à l’orchestre Prométhée,  une phalange régulièrement invitée par le théâtre du Châtelet.

Points faibles

A moins de détester la danse classique, aucun...

En deux mots ...

Après huit ans d’absence, le retour en France du New York City Ballet était annoncé comme un événement.  Avec sa programmation, qui, outre des  « joyaux » incontournables, fait la part belle aux découvertes, (des œuvres  toutes nouvelles et des ballets anciens qui n’avaient encore jamais traversé l’Atlantique) ; avec aussi sa troupe, entièrement renouvelée, et qui combine, avec une subtilité inouïe, technique, musicalité, grâce, swing et précision, on peut affirmer qu’effectivement ce retour constitue un événement. Sa paternité en revient au festival « Etés de la danse ». (Jusqu’au 16 juillet).

Une phrase

« Pourquoi beaucoup de Balanchine ? Parce que c’est tout simplement le plus grand ». (Peter Martins, directeur du NYCB)

L'auteur

Issu d’une troupe plus ancienne, le Ballet Society, le New York City Ballet est né en 1948, lors de son installation au New York City Center sous l’impulsion d’un riche mécène, Lincoln Kirstein, qui voulait offrir à Georges Balanchine, une troupe et un lieu pour qu’il puisse créer ses ballets. 

Chorégraphe hors norme,  Balanchine, qui avait quitté sa Russie natale en 1924 et séjourné quelque temps à Londres et Paris, va très vite hisser cette nouvelle Compagnie, dont il a pris la direction artistique, au rang de l’une des meilleures de son pays d’adoption. Grâce à l’excellence de ses interprètes, triés sur le volet, tous tenants d’une danse classique à l’américaine, à la fois aérienne et techniquement irréprochable, mais surtout, grâce à ses chorégraphies qui révolutionnent le style classique. Pour lui, finie la narration dramatique, place, avant tout, à la musicalité. Il accélère aussi la vitesse d’exécution et « ouvre » la gestuelle. Ses mouvements, qu’il sort de leur codification traditionnelle, s’épurent, gagnent en légèreté, en paraissent comme démultipliés. D’une fécondité artistique peu commune, Balanchine « écrira » pour sa seule Compagnie près de 100 ballets. Tous des bijoux !

En 1983, à la mort de cet infatigable génie - qui avait été, en outre, un grand amoureux des femmes et l’ami de nombreux compositeurs de musique - deux danseurs étoiles vont assurer conjointement la direction de la Compagnie : Jérôme Robbins et Peter Martins. Depuis 1989, ce dernier, d’origine danoise, assume seul la direction du « NYCB » où il était entré comme danseur en 1967. C’est donc peu dire qu’il connaît la « Maison » ! Depuis vingt-sept ans maintenant qu’il en tient les rênes, il ne cesse d’y perpétuer l’œuvre de son créateur légendaire et celle de son  emblématique successeur, Jérôme Robbins. Mais il l’ouvre aussi à d’autres chorégraphes contemporains.

Aujourd’hui le New York City Ballet est la compagnie de danse classique américaine la plus connue au monde. Entièrement financée par des fonds privés, elle est condamnée à l’exception. Ses quatre-vingt seize danseurs, dont les contrats sont renouvelés – ou pas - chaque année, se produisent  environ trois mois sur douze à New York. Elle parcourt le monde pendant les autres.

Cette troupe  illustrissime ne s’était pas produite à Paris depuis 2008. C’est dire si son installation, pour trois semaines au théâtre du Châtelet, était très attendue.

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