Le roman de Sophie
Parution le 19 août 2026,
304 pages
21,90 €
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Thème
Sophie se raconte au soir de sa vie en 1873.
Des confessions entrecoupées de passages en italiques sur l’actualité à Paris cette année-là, à l'orée de la IIIème République.
Recluse à la fin de sa vie dans un petit appartement sombre du septième arrondissement parisien, en proie à des étouffements et des suffocations, Sophie de Ségur, née Rostopchine, évoque son enfance en Russie, notamment au domaine de Voronovo, son père chéri « l'incendiaire de Moscou » en 1812, son mariage avec Eugène de Ségur (neveu du Général Philippe-Paul de Ségur, aide de camp de Napoléon à Moscou!), mari très infidèle, mais qui lui a fait huit enfants; son père lui achète le château des Nouettes, en Normandie, près de Laigle en 1820, où elle s'est toujours sentie heureuse, dans une atmosphère riante et bucolique, profitant de l'harmonie des tribus familiales (elle a vingt petits-enfants).
Elle commence sa carrière littéraire très tard (à 57 ans !) avec des histoires racontées à ses petits-enfants, « compositions nigaudes, moralisatrices, mais pédagogiques et distrayantes »...elles paraissent dans la « bibliothèque des chemins de fer », à couverture rose ; elle a un contrat avec l'éditeur Hachette, puis avec son gendre Emile Templier. Grande importance de son fils aîné, Gaston, évêque, devenu aveugle assez jeune, c'est lui qui s'occupe beaucoup d'elle ; orthodoxe de naissance, elle s'est convertie au catholicisme à l’adolescence (un peu obligée en cela par sa mére, qu'elle n'aimait pas) puis devient à la fin de sa vie Soeur tertiaire de Saint-François (une de ses filles était aussi religieuse).
Son mariage fût un marché, car les Ségur avaient besoin d'argent et Fiodor Rostopchine était riche, mais la fortune russe ayant disparu très rapidement, il ne resta à Sophie de Ségur que le château des Nouettes que son père lui avait offert en quittant la France. Ce qui fit dire au grand-oncle de Ségur « nous perdons la dot, mais nous gardons le trésor » !
Points forts
Une répugnance innée pour la ville, notamment Paris, mais aussi Londres « ces anglais dont je me méfiai comme du choléra » !...mais un amour de la campagne, qui lui rappelle Voronovo, le domaine de son enfance en Russie.
Sous des dehors très policés, un franc-parler amusant : en évoquant sa mère si peu aimante « elle se drapait dans la religion catholique comme dans un voile de vertu jeté sur sa dureté » ; à propos de Thiers, cet ambitieux, « cette commère bavarde », sans parler de sa belle-mère « pesante », de son mari « insignifiant et volage », et d'une de ses belles-filles « fille de banquier, aussi froide qu'une prussienne » !
Quelques réserves
C'est vraiment la fin difficile d'une vie très riche en souvenirs; l'auteure ne nous épargne rien des étouffements, des suffocations, de l'unique nourriture, du pain trempé dans un peu de thé, d'un peu d'eau de Lourdes comme boisson...
Les passages en italiques, assez fréquents, veulent sans doute montrer qu'elle s'intéresse encore à ce qui se passe à Paris en cette année 1873, mais ces passages en question me semblent assez disparates...
Encore un mot...
J’ai lu en 1981, une biographie très classique et cartésienne (avec des photos) de la Comtesse de Ségur, écrite par Marie-Louise Audiberti que j'avais beaucoup appréciée. Ce qui n’est pas le cas pour le roman de Véronique de Bure - bien que celui-ci évoque une femme passionnée et résistante tout au long de sa longue vie et que la romancière traduit bien tout cela.
Une phrase
« Me reste ce nom Rostopchine, que jamais Ségur n'a pu effacer et que j'ai dû batailler avec messieurs Hachette et Templier pour le voir écrit sur la page de garde de mes livres» P.15
« Quoiqu'en dise le docteur, ce n'est pas le froid qui ne me va pas, c'est l'air de Paris, la nature me manque, la campagne me manque, je pleure ma Normandie, mes grands arbres et mes ânes, je pleure ma jeunesse, l'enfance de mes enfants et petits-enfants, et la mienne à travers les leurs. » P.28
L'auteur
Véronique de Bure est l'auteure de plusieurs romans, dont Une Confession (Stock 2009), Un clafoutis aux tomates cerises ( Flammarion 2017), Un amour retrouvé, (Flammarion, 2021).
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