LE SILENCE DES MAQUIS

Entre récit historique et roman policier, sur les traces d’une famille protestante cévenole du XVIIème siècle à nos jours
De
Justine et Jean-Marc Berlière
Denoël,
247 pages
19 €
Notre recommandation
4/5

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Thème

Présenté comme un « polar généalogique », ce roman nous entraîne dans les drames et les secrets jalonnant l’histoire d’une famille protestante cévenole, avec comme événements majeurs, d’une part, les persécutions religieuses résultant de la révocation de l’édit de Nantes par Louis XIV en 1685 et, d’autre part, les tragédies de l’Occupation après la défaite de 1940.

Points forts

Navigant avec bonheur entre le récit historique et le roman policier, mêlant habilement faits réels et fiction, Le Silence des maquis est conçu sous la forme d’une enquête reliant deux évènements historiques a priori étrangers l’un à l’autre. Mais au fil des pages, le lecteur comprend combien ils sont, en réalité, proches. Les cas de conscience auxquels étaient confrontés les protestants au XVIIe siècle sont en effet quasiment les mêmes que ceux auxquels vont être confrontés les Français soumis à l’occupation allemande.

Fallait-il fuir, émigrer ou se soumettre ? Valentin Bénezet, le patriarche qui doit faire face aux dragonnades des soldats de l’armée royale, veut rester, même si cette perspective lui déchire le cœur. Il accepte d’abjurer en façade pour tenter de donner le change, gagner du temps, éviter le pire, sauver ce qui peut l’être. Ses enfants sont au contraire partisans de l’exil : ils choisiront une émigration qui, pour certains, les conduira jusqu’en Afrique du Sud.

Même choix cornélien en 1940. Emigrer, partir à Londres, rejoindre de Gaulle ? Ou rester, faire le dos rond ? Ou prendre le maquis en compagnie de « résistants » qui ne sont pas toujours recommandables ? Au risque d’être enrôlé de force dans la Waffen-SS, de se retrouver l’un des derniers défenseurs du bunker d’Hitler à Berlin en 1945 et, fait prisonnier des Russes, d’être déporté en Sibérie ?

Quelques réserves

Ce livre, comme souvent, a les défauts de ses qualités : son louable caractère didactique et pédagogique a pour inconvénient une certaine sécheresse de style. Entrecoupé de points sur les recherches effectuées, de documents livrés à l’état brut et de notes à caractère historique au demeurant fort intéressantes, le récit s’en trouve du même coup haché et quelque peu privé de souffle.

Encore un mot...

Un livre qui ravira les généalogistes amateurs et fera découvrir aux profanes que les maquis ne sont pas que des paysages et n’appartiennent pas qu’aux résistants : il y a aussi le maquis des archives, disséminées dans tant de lieux et de services différents que toute recherche sérieuse relève d’un parcours du combattant !

Une phrase

« Poussée par la curiosité, Chloé avait fait glisser la tringle métallique qui maintenait fermé le couvercle de la malle. A l’intérieur quelques livres, essentiellement sur la Seconde guerre mondiale, le goulag, mais aussi des papiers et du courrier rangés en piles soignés. Elle s’était immédiatement emparée de la liasse de correspondance et avait dénoué la ficelle qui retenait les missives vieilles de plus de cinquante ans. La plupart dataient de l’Occupation et semblaient avoir été écrites par la même personne, sauf pour trois d’entre elles (…) La troisième lettre – un simple mot manuscrit, en écriture bâton maladroite et nerveuse, sans signature – datait de la fin de 1954. Postée d’Alès, elle était adressée à Georges. Le propos, menaçant, était glaçant : « J’ai appris que tu avais survécu et que tu étais revenu. Je ne sais pas comment tu as fait, mais si tu dis un seul mot, tu subiras le sort des autres et ta famille aussi. Tu sais que je ne plaisante pas. Les Allemands n’ont pas fait le boulot, mais moi, je ne te raterai pas . »

L'auteur

Justine Berlière est archiviste-paléographe et son père, l’historien Jean-Marc Berlière, professeur émérite à l'université de Bourgogne, est considéré comme « le » spécialiste de l'histoire des polices en France. Il est notamment l’auteur de Polices des temps noirs (Perrin, 2018).

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