Les grues volent vers le sud
Traduction de Catherine Renaud
Parution le 5 juillet 2026
432 pages
23 euros
Infos & réservation
Thème
Bo, 89 ans, vit seul avec ses souvenirs heureux et douloureux et son précieux chien Sixten.
Sa femme Fredrika, a perdu la tête, elle est placée dans un établissement adapté à sa démence. Bo n’a plus tellement envie de la voir, ce n’est plus la femme qu’il a aimée.
La vie de Bo est rythmée par les visites des aides à domicile - dont certaines avec lesquelles il a plus d’affinités que d’autres- qui passent le voir pour s’assurer qu’il va bien, lui préparer un repas ou l’accompagner dans sa toilette.
Son fils unique Hans, tout aussi bourru et maladroit dans sa communication que Bo, assiste, mi-impuissant, mi-inquiet au déclin de son père. C’est à lui, maintenant, de prendre des décisions. Décisions parfois impossibles à prendre, notamment celle de lui retirer son chien que le vieil homme n’est plus capable d’emmener en promenade sans se mettre en danger lui-même.
Il y a aussi Ellinor sa petite fille, son rayon de soleil. Enfin, Ture son ami de toujours, rencontré lorsqu’ils travaillaient ensemble à la scierie, qui est sûrement l’un des seuls qui puisse encore comprendre Bo.
C’est l’histoire de la lente déchéance de la vieillesse, ses renoncements, ses souvenirs, ses questionnements sur la vie… on se surprend à savourer ce quotidien ralenti aux côtés de Bo.
Points forts
- Cette manière unique de raconter la vieillesse : durant tout le récit, Bo s’adresse à sa femme avec qui il ne partage pourtant plus rien. Son état confus et nébuleux qui nous fait naviguer entre les flashs du passé confondus avec le présent.
- Le rythme donné avec les notes factuelles laissées par les aides à domicile ou par son fils sur un cahier de transmission et qui décrivent bien le décalage entre la réalité et le ressenti.
- Une belle réflexion sur la vie, l’importance de nos parents, de notre entourage, de l’enfance fondatrice de ce que l’on devient. Nos vies sont finalement faites de grands souvenirs mais surtout de petits riens, de moments insignifiants ancrés en nous.
- La relation père-fils qui s’inverse. C’est au fils désormais de prendre les décisions pour son père. Le vieil homme a bien conscience d’être dépendant de son fils, il est même soulagé de sa présence. Ce manque d’indépendance et cette privation de liberté l’agacent pourtant au superlatif: “Je lui en veux toujours de vouloir contrôler ma vie, mais en même temps je ne veux pas qu’il me lâche” (p.66). La communication entre ces deux hommes n’est pas aisée ; sa fin approche et Bo, le rustre, parviendra-t-il à ouvrir sa coquille?
Quelques réserves
Difficile d’en trouver! S’il faut vraiment une réserve, je dirais que le battage médiatique qui a été fait, notamment sur les réseaux sociaux, pourrait placer très haut les attentes des lecteurs. Pour ma part je n’ai pas été déçue, bien au contraire.
Encore un mot...
La littérature permet ce tour de force de pouvoir se projeter dans la peau d’un autre pour mieux le comprendre. Pour qui a côtoyé une personne âgée, quelle jubilation (rassurante) de se dire à chaque page “c’est exactement ça”.
Une phrase
“J’essaye de serrer les poings, mais je n’arrive pas à plier les doigts. Tout le monde a donc le droit de participer aux décisions qui concernent ma vie, sauf moi.
Notre petite-fille triture de ses doigts la manche de son pull. Je croise son regard et je remarque la même chose que chez Hans. Ce qui signifie que les rôles sont désormais inversés. De la compassion mêlée d’une certaine supériorité.
-Papa a raison en fait, elle dit et ma poitrine se serre. C’est difficile pour toi de sortir avec lui (ndlr : avec son chien)” P. 215
L'auteur
Lisa Ridzén est née en 1988 en Suède. Elle est doctorante en sociologie et étudie les normes de la masculinité dans les communautés rurales du Norrland, région où elle vit. Cela explique sans doute pourquoi - à 38 ans- elle réussit aussi aisément le tour de force de se glisser dans la peau d’un vieil homme!
Les grues volent vers le Sud est son premier roman.
Traduit dans plus de quarante langues, il a reçu de nombreux prix : Prix du livre de l’année en Suède, 2025, Prix Norrland Culture, 2025, Prix Adlibris (Meilleur livre de fiction et meilleur premier roman), 2024.
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