Les jours de verre
Traduit de l’italien par Romane Lafore
Parution le 16 avril 2026
512 pages
25 €
Infos & réservation
Thème
Un village de la Romagne, région du Nord de l’Italie pendant la période fasciste, entre 1925 et 1945. Les Chemises Noires tiennent le haut du pavé et tentent de museler toute tentative d’opposition. Dans ce contexte qui va virer au tragique pendant les deux dernières années de la Seconde Guerre mondiale, Nicoletta Verna suit les destins de deux femmes qui vont s’entrecroiser : Redenta, poursuivie par la guigne depuis sa venue difficile au monde et Iris, la jeune institutrice. Chacune raconte son histoire avec ses propres mots, plus naïfs pour Redenta, plus évolués pour Iris.
Rappelons que Mussolini prit le pouvoir en 1922, lança la guerre contre l’Éthiopie en 1935 puis s’engagea dans la Seconde Guerre mondiale au côté d’Hitler en 1940. Évincé par le roi en 1943, il fonde, dans le Nord de la péninsule, la République de Salo qui poursuit le combat contre les Alliés. Les forces fascistes et nazies mènent pendant deux ans une lutte impitoyable contre la Résistance qui se développe
Points forts
Madame Verna livre une remarquable peinture de l’Italie rurale du premier XXème siècle, pays de pauvreté extrême, d’analphabétisme, où l’on consulte plutôt les sorciers que les médecins. C’est la région qui vit la naissance de Mussolini. Le fascisme s’y est implanté tôt. Il assure sa domination sur la collectivité par la violence, violence qui se développe crescendo jusqu’à la fin. Cette domination va s’exercer principalement sur les femmes, battues, violées, sans recours… Car les femmes sont l’expression de la grâce et de la résilience face à la violence des hommes.
Ce tableau présente d’ailleurs le fascisme sous son jour le plus noir. Les passages sur les exactions commises pendant la guerre d’Ethiopie le disputent en sauvagerie à celles imputables à la République de Salo, dernier avatar de l’État mussolinien.
Par ailleurs le roman est bien écrit, l’intrigue est astucieuse et bien menée et réserve au lecteur des surprises de taille dans la dernière partie. L’intérêt du lecteur est constamment soutenu, d’autant que les personnages, pour bien campés qu’ils soient, n’ont pas un comportement rationnel; le lecteur peut donc difficilement anticiper leurs réactions et leur effet sur le déroulement du livre.
Celui-ci baigne, du début à la fin, dans un climat de tristesse poignant. Il n’y pas d’échappée vers un “avenir radieux”. Même la résistance antifasciste ne débouche que sur l’impuissance et la mort. Cette présence constante de la mort confère d’ailleurs au roman une atmosphère crépusculaire à déconseiller aux âmes sensibles.
Quelques réserves
Madame Verna semble avoir un goût particulier pour les diverses formes de torture; elle n’épargne au lecteur aucune description de la cruauté pratiquée par les Chemises Noires et leur chef, l’abject, mais très beau, Vetro. Peut-être n’était-il pas nécessaire de rentrer dans autant de détails sordides pour caractériser l’action des anti-héros.
Encore un mot...
Un bon roman qui ressuscite une des périodes les plus sombres de l’Italie au XXème siècle, celle du fascisme triomphant appliqué à une petite collectivité rurale. On mesure d’ailleurs, à lire Nicoletta Verna, combien l’emploi de l’épithète “fasciste” qui a largement cours aujourd’hui constitue une insulte à l’égard de tous ceux qui ont subi cette dictature dans leur chair et dans leur cœur.
Une phrase
(Un portrait de Redenta par Iris:)
« Je l’observe. C’est une femme, ou plutôt un spectre, squelettique et évanescent. Elle a le visage ravagé et le corps difforme: ses bras sont des morceaux d’os pointus qu’elle bouge difficilement, et sous la table, j’entrevois qu’elle a une jambe toute tordue. Ce doit être une servante que Vetro garde chez lui par charité ou par commodité, ou une parente infirme dont il doit s’occuper. » P.421
L'auteur
Éditrice de fiction pour la maison d’édition Giunti, Nicoletta Verna a publié deux romans, Il valore affettivo, et en 2024, Les jours de verre, traduit en français et publié chez Gallimard en 2026. Elle a reçu le prix Manzoni du meilleur roman historique et le prix Severino Cesari. En 2025 son roman a été couronné du prix de littérature de l’Union européenne. Originaire de Forli, en Romagne, où se déroule une partie du roman, elle vit désormais à Florence.
Ajouter un commentaire