Les Promises

Accroche Du Jean-Christophe Grangé grand cru classé !!!
De
Jean-Christophe Grangé
Albin-Michel
653 pages
23,90 €
Notre recommandation
5/5

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Thème

Nous sommes à Berlin en 1939 à la veille de la déclaration de la guerre. Hitler s'apprête à envahir la Pologne avec les conséquences que l'on sait. Dans cette ville insouciante, les grandes dames du Reich (qui épouse de l'acier, qui épouse du bitume, ou des rails...) continuent à mener leur existence dorée et vont quotidiennement dans un club très huppé siroter leurs coupes de champagne en compagnie de fringants officiers aux bottes étincelantes. Et soudain, un tueur en série sévit auprès de ces dames et en trucide quelques-unes d'affilée en les charcutant méchamment.

Entre en scène un trio complètement improbable : un gestapiste, ancien SA, brute épaisse, psychopathe apparemment bas de plafond, qui a choisi d'être pro- Hitler pour échapper à un sort misérable, un psychiatre très beau mais minuscule avorton gominé, voyou, gigolo et maître-chanteur à ses heures et une baronne richissime, elle aussi psychiatre mais alcoolo jusqu'à la moelle, qui hait le gouvernement en place et le crie bien fort mais sa famille est mécène du Führer... Cet attelage disparate va se charger de l'enquête et, curieusement, ces écorchés de l'existence vont cohabiter et essayer de démêler l'intrigue.

Points forts

- Bien que n'ayant pas remis les pieds dans cette ville depuis 10 ans, l'auteur fait preuve d'une mémoire remarquable et nous restitue la capitale avec des détails d'une précision quasi chirurgicale. On s'y promène avec nonchalance...

- Pour la première fois, l'auteur se lance dans le roman historique et c'est un coup de maÓtre. L'écrivain a engrangé une documentation époustouflante sur l'époque et surtout sur le gouvernement nazi et la Gestapo dont la philosophie se résumait en une phrase : "elle arrêtait les victimes, pas les coupables" (p. 48). L'auteur nous cite Freud disant que "la violence, c'est un manque de vocabulaire" (p. 149). Vus sous cet angle, les gestapistes étaient furieusement analphabètes.

- Les personnages sont étudiés à la loupe, surtout celui du gestapiste, monument à lui tout seul : un colosse incontrôlable chargé d'élucider des meurtres commis par un autre psychopathe de première, nous atteignons des sommets ! Comment l'auteur a-t-il pu bricoler un trio aussi halluciné? Mais cette trinité d'enfer va finalement manifester un sentiment inexistant chez les nazis et gestapistes : un zeste d'humanité.

- Il y a un anachronisme flagrant entre ces dames qui se réunissent avec une insouciance inouïe dans leur club de luxe et ce, même après la déclaration de guerre - et la guerre elle-même avec toutes les misères qu'elle entraîne et le chaos pour des milliers de gens. Manifestement, ces dames frivoles ne sont pas du même monde.

- L'auteur émaille son roman de petites phrases assassines, frappées au coin du bon sens et pleines d'humour, du genre "espionner son chef pour un gestapiste, c'est un réflexe professionnel" (p.156).

Quelques réserves

Pas de réserves ...

Encore un mot...

Le récit historique n'est pas le couloir de nage habituel de Jean- Christophe Grangé et cette innovation est une réussite, due à son fabuleux talent de conteur et la documentation monumentale accumulée pour nous faire revivre cette époque de l'intérieur de l'Allemagne. Ce qui est surprenant dans ce récit, c'est l'absence totale de cohésion entre les protagonistes du même bord. Les gestapistes ne cherchent qu'à faire tomber leurs petits camarades pour prendre leur place et dégagent un sentiment de haine générale envers l'espèce humaine, même envers ceux de leur propre camp, c'est terrifiant.

L'auteur a le sens du dialogue et un art consommé de la répartie : "Quand un pauvre lutte pour s'en sortir, il a toujours raison, il est dans son bon droit - le droit du pauvre, de la justice, des humiliés" - "C'est sans doute ce que se dit Hitler". (p.310)
Ou encore cette phrase : "L'homme se fendit d'un rire féroce - ses dents imposaient le silence : toute ruine, quelle qu'elle soit, mérite le respect". (p.365)

Ce roman a les qualités d'un autre ouvrage de Jean-Christophe Grangé, Miserere, remarquable. Depuis, la simple évocation d'un 

Miserere me donne des frissons sur la nuque...

Une phrase

L'Oberstleutnant n'avait aucune sympathie pour ses hommes - une bande de cons, dociles jusqu'à la mort. Mais enfin, il avait fini par être touché par toute cette souffrance, cette misère. Les soldats allemands étaient les salauds - il n'y avait pas à y revenir. C'étaient eux qui avaient provoqué la guerre, eux qui avaient bouleversé l'ordre du monde, eux qui avaient attaqué, pillé, détruit. Pugnaces et courageux, ou lâches et sadiques, ils étaient de toute façon la lie du monde et la terre se refermerait sur eux, aucun doute. (p.609)

L'auteur

Jean-Christophe Grangé a rencontré un vif succès dès la sortie de son premier roman, Le Vol des cigognes,en 1994, Poche. Depuis, chaque parution est synonyme d'engouement chez ses lecteurs et il a depuis collectionné les meilleures ventes pratiquement sans interruption (en 1998 Les Rivières pourpres, en 2000 Le concile de Pierre, en 2008 Miserere, en 2020 Le jour des cendres, tous édités en Livre de Poche).

La télévision s'est emparé des Rivières pourpres pour créer une série fort réussie.

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