Une affaire de famille

Un rythme toujours bien soutenu, au service d’une vision d’une Amérique désenchantée
De
William Boyle
Gallmeister
Traduit de l’américain par Juliane Nivelt et Simon Baril
Parution en juillet 2026
472 pages
25,90 €
Notre recommandation
3/5

Infos & réservation

Thème

Saverio Franzone, alias Sav, est entré dans la vie de Risa par effraction, Risa qui menait  jusque-là une vie paisible entre ses parents, la pâtisserie qui l’employait quand elle avait déjà renoncé à ses études d’infirmière, et sa paroisse le dimanche, celle de sœur Antonella et de Monseigneur Terrone, ses deux mentors, piliers de Our Lady of Perpetual Surrunder. Pourquoi avoir cédé aux avances de cette petite frappe plutôt qu’à celles de Christopher, un bon gars raisonnable brûlant de désir pour elle ? Et pourquoi avoir épousé le vice plutôt que la vertu ? L’attirance pour le danger sans doute, ou plutôt le choix des contraires, dans une vie balisée et prévisible. De cette union improbable, émergera Fabrizio, un petit garçon retardé dans sa croissance par l’amour pathologique de sa mère, tétanisé par l’abandon de son père - un abandon inéluctable car ce père est de ceux qui refusent les attaches et ignorent tout de leurs obligations.

Saverio doit partir, comme l’a fait avant lui Roberto, son frère, suivre ses mauvais instincts, échapper à ses créanciers au passage, quitter Brooklyn pour tenter sa chance ailleurs. C’est sa seule partition ! Et bien sûr, elle lui sera fatale. Sa fuite annoncée avec Sandra Carbonari, la pulpeuse de service sur laquelle tout Besonhurst est déjà passé sauf le train, va prendre un tour tragique. L’intrigue se noue là, devant trois témoins, prisonniers à vie du mensonge par omission qu’ils vont commettre ensemble. Le décor ainsi planté, l’histoire va se resserrer comme un étau sur ces trois protagonistes.

Points forts

  • Les rebondissements à la chaîne, attendus ou pas, bien traités par un auteur passé maître du suspense. 

  • La balade dans une Amérique déjantée, alcoolique et vulgaire, celle des bas quartiers de Brooklyn qui hébergent la communauté d’origine italienne où l’avenir s’inscrit dans la fuite en avant qui ramène inlassablement le fugitif au bercail, ses illusions en moins.

Quelques réserves

Toujours un peu la même avec Boyle, celle de l’avalanche de noms propres au service de sa description minutieuse de ces quartiers de Gravesend et Besonhurst qu’il connaît comme sa poche, les noms des rues, ceux des marques qui scintillent sur tous les panneaux publicitaires, des groupes de rock et de leurs derniers tubes…

Encore un mot...

Après Gravesend aux accents de vrai polar, Tout est brisé ou L’amitié est un cadeau à se faire,William Boyle, le disquaire de Brooklyn, situe son thriller familial à la fin des années 1980, au cœur de ces mêmes quartiers désenchantés du sud de la presqu'île et de la société héritée de l’émigration italienne qui réussit encore à rassembler la famille le dimanche après la messe à laquelle n’assistent que les femmes, mais semble pour le reste avoir perdu tous ses repères pour se noyer dans un consumérisme  low cost dont le whiskey bon marché fait figure de symbole. Les hommes sont tous des loosers, machos indécrottables et prébendiers, les femmes sont courageuses et travailleuses, elles seules élèvent les enfants dont l’avenir oscille entre le chômage et la délinquance pour les uns, le mariage précoce et la maternité pour les autres.

Ce dernier ouvrage ne déroge pas à la règle, Sav et Roberto, Risa et Giulia, Chooch et Fab pataugeant tous dans ce fatalisme dégoulinant de sauce ketchup. On retrouve ici tout un courant de la littérature américaine qui jette un regard très noir sur cette société sclérosée et désillusionnée, ainsi Richard Price avec Clockers, Dennis Lehane avec Shutter Island ou Philip Roth avec  American Pastoral.

Une phrase

“ Giulia le consulte en silence. Elle aura beau répéter que Fab va revenir, elle sait ce que pense Risa. Elle est tourmentée par le mensonge sur lequel tout repose. Elle croit qu’il va lui coûter son fils. Peut-être pas cette fois, mais un jour, Fab disparaîtra sans laisser de traces. Giulia lit chacune de ces peurs dans ses yeux.” P.371 

L'auteur

William Boyle, vit dans le Mississippi après avoir sévi longtemps à Brooklyn, la ville de son enfance dont il connaît tous les recoins. Il y tenait une fameuse boutique de disquaire, spécialisée dans la musique rock. Au point d’ailleurs que Dylan ou Bowie accompagnent souvent ses déambulations littéraires, ce dernier ouvrage faisant à ce titre exception. Publié en France chez Rivages pour Gravesend, il semble aujourd’hui durablement installé chez Gallmeister », éditeur orienté vers la littérature américaine. Il signe ici son septième ouvrage qui semble avoir recueilli un bon accueil des libraires et du public, mérité au demeurant.

Sur Culture-Tops : 

Gravesend

L’amitié est cadeau à se faire

Tout est brisé

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