Volia

“Volia” ou “volonté” et “liberté”. Le récit poignant d’une engagée volontaire dans la résistance ukrainienne
De
Anastasia Fomitchova
Grasset
Parution en septembre 2025
280 pages
22 euros
Notre recommandation
4/5

Infos & réservation

Lu
par

Thème

Parcours crucial des « médics », ces soignants bénévoles auprès des combattants ukrainiens, animés de « la volia », à Kyiv, puis au plus près des fronts est et sud. Dans l’église et au cimetière de Lviv, en Ukraine, en 2024, l’émotion étreint les amis de Cheka, « en deux années de guerre elle avait sauvé des centaines de vies », engagée dans un bataillon d’hospitaliers, comme Anastasia Fomitchova. Cela augure  l’importance de l’amitié dans ce roman autobiographique . 

Cheka, Iana, Igor, Cheva, Pavlo, Marishka, Austria, Dan, Petro, Ino, Ronan, Zora, sillonnent un pays meurtri,  en guerre, afin d’évacuer les combattants et les civils bombardés blessés. C’est une guerre de combats de ville à Kyiv,  de tranchées, d’occupation, de bombardements incessants .

Comme le confie l’auteure, cette tragédie est hantée par les mots de l’Histoire, Holodomor, Tchernobyl, Maïden,  Donbass, Crimée, Opération militaire spéciale, des noms qui résonnent dans les mémoires.  Une courte et précise autobiographie familiale est évoquée ; elle explique le «  réveil » d’Anastasia, étudiante à Paris,  qu’elle quitte dès le début  de l’ invasion russe en février 2022.

Le lecteur suit son arrivée à Kyiv encerclée par les Russes, ses retrouvailles au sein de  sa famille, reviviscence immédiate des souvenir brûlants de l’époque de Staline puis de Khrouchtchev, du  démantèlement  de l’URSS et de la flambée de corruption qui s’ensuivit, puis son intégration dans un bataillon de médics,  installé dans le monastère Saint Michaël.

Premiers soins accordés aux soldats blessés, évacuations, courage, détermination, sang froid, le récit est dense .

Après la libération de Kyiv, les fronts sont déplacés ; le livre s’attache aux combats de l’Est avec un retour en arrière sur  ceux de 2017, vécus dès lors par l’auteure.

Nous suivons ces femmes et ces hommes aux points de base des secours, dans les hôpitaux de fortune, campements en forêt, tranchées abandonnées par les Russes. Pose de garrots, calmants, chirurgie, rotations, évacuations sur des chemins chaotiques  sous les missiles et drones, sont le quotidien .

Les ambulances wolfhound  anglaises et les bus transformés iront jusqu’à cette partie du sud de l’Ukraine, perdue puis reconquise.

Points forts

  • Ces années de combat médical sur le  front de guerre  sont relatées avec intensité, de façon incisive; l’écriture est vive, réaliste, elle nous convainc, s’il en était besoin, du drame qui se joue chaque jour en Ukraine. Le récit est écrit à la première personne ; nous accompagnons ainsi Anastasia empreints de son calme, de sa peur, de sa stupeur, de son hébétude, de ses espoirs, de sa confiance et de sa  pugnacité.

  • Le livre est construit de manière à nous mettre en parallèle les combats de 2017 puis 2022, définissant ainsi leur pérennité .

Quelques réserves

Il est parfois difficile de suivre le récit tant la continuité des combats reste immuable. L’auteure s’était déjà engagée  en 2017. Un peu de confusion peut s’installer chez le lecteur décidé à situer précisément en temps et lieu les interventions médicales aux fronts. Cependant c’est tout le drame de cette guerre, de ces villes prises, libérées, reprises, de ces hommes et de ces  femmes qui y vivent, partent, reviennent, se cachent terrorisés et blessés . 

Encore un mot...

Le livre se découvre en marge de l’Histoire ou en son sein. L’actualité continue d’étreindre ce pays.

Par son analyse pertinente, l’auteure nous éclaire sur la genèse et le cours des événements. Elle nous livre un témoignage édifiant, émouvant ; nulle part il n’est question de renoncement, même si la peur et la souffrance sont intimement présentes.

La célèbre citation de Churchill, elle-même introduction au livre d’Isabelle Lasserre, Les fantômes de Munich, résonne encore comme la morale du livre.

Une phrase

  • « Dans la voiture, la souffrance de mes camarades était  palpable. Je me mordais l’intérieur des joues. En arrivant,  un soldat nous arrêta : “Surtout , ne dépassez pas ces dix mètres, nous dit-il. À partir de là on est visibles.” Tout était gris. Boueux. Comme si tout espoir avait abandonné ce monde. Deux autres soldats vinrent à notre rencontre, l’arme sur l’épaule. Ils fondirent en larmes. Et je vis Marishka s’avancer vers eux, pour les prendre dans ses bras, les bercer comme des enfants, leurs tête posées sur ses épaules.» P. 116

  • « La dernière fois que je l’ai vue, sur la base, elle était rayonnante. J’ai passé ma main sur son dos , et lui ai dit ; « c’est bizarre » . Elle m’a demandé ; « Qu’est-ce qui est bizarre ? » « Que  je ne sente pas tes ailes. Normalement les anges comme toi ont des ailes. Natalya est un ange qui nous protège de là-haut. » La commandante annonce qu’en hommage, un bus d’évacuation de blessés portera son nom. »  P. 194

L'auteur

Anastasia Fomitchova est née en 1993 à Kyiv. Exilée en France avec sa mère en 1995, elle est étudiante à la Sorbonne. Elle rejoint dès 2017 un bataillon paramédical hospitalier en tant que volontaire infirmière. Rentrée à Paris, elle suspend ses études en 2022 et retourne sur le front d’Ukraine. Elle réside actuellement à Kyiv. Elle est investie dans le projet d’intégration européenne  de son pays. En 2023, elle intègre l’Université d’Ottawa où elle termine  un doctorat de Sciences Politiques. Elle est diplômée  en droit et philosophie de l’université de Paris Panthéon Sorbonne. Son roman Volia obtient le prix André Malraux en 2025. Anastasia Fomitchova est aussi spécialisée dans la lutte contre la corruption dans son pays et participe à la défense de Kyiv, du front de l’Est, et à la contre-offensive sur Kherson.

Ajouter un commentaire

Votre adresse email est uniquement visible par Culture-Tops pour vous répondre en privé si vous le souhaitez.

Plain text

  • Aucune balise HTML autorisée.
  • Les adresses de pages web et les adresses courriel se transforment en liens automatiquement.
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.

Ils viennent de sortir