PAYS BONHEUR, ou le mercredi sans retour
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Thème
Il s’agit du récit vivant d’hommes et de femmes qui cherchent et suivent les chemins difficiles vers la survie et, au-delà, vers un bonheur quasi inaccessible, mais dans tous les cas animés par l’espérance d’un avenir meilleur. Cet horizon du bonheur rêvé se confronte, au fur et à mesure d’une route semée d’embûches, aux obstacles économiques et sociaux que l’on imagine, incarnés par un passeur cupide, un policier sourcilleux et humiliant, un pauvre neveu qui a cru bon de voyager dans le train d’atterrissage d’un jet par - 50 degrés à 10 000 mètres d’altitude !
Premier tableau : un personnage sort exténué, hésitant, titubant même, pieds nus, s’extirpant d’une trappe qui cache un escalier descendant peut être de la cale d’un cargo.
Deuxième tableau : le passeur haranguant les migrants, indiquant la marche à suivre pour s’échapper du centre de rétention et fuir vite, vite.
Troisième tableau : un autre personnage, policier ou douanier inquisiteur, sbire féroce qui impose au migrant la classique et humiliante fouille au corps, recherche de drogue obligatoire. Celle-ci est négative, pour cette fois : 20 ans sous les verrous évités …ouf ! Et cætera. Suit une longue séquence : le migrant, seul en scène, est arrivé à bon port, si l’on peut dire. Il a trouvé un travail de « forçat » et raconte avec émotion son équipée et son inquiétude pour les siens, laissés loin derrière lui. Sur le devant de la scène, piquées sur un poteau, des dizaines d’enveloppes et de lettres, traces des liens ténus et dérisoires, tissés avec sa famille restée au pays
Points forts
La prestation assez exceptionnelle du comédien seul-en-scène, et qui joue successivement, sur un rythme haletant, deux rôles dans chaque scène : le voyageur, terrorisé face à un interlocuteur fourbe et menaçant par exemple.
La mise en scène presque totalement dépouillée et symbolique : cinq chaises alignées ou empilées prestement et rapidement disposées par le comédien symbolisent soit une frontière, soit un immeuble délabré, un chantier ou encore un dispositif carcéral ou… ce qu’on imagine : simple et efficace!
Quelques réserves
- La récurrence d’un thème sensible mais traité déjà à toutes les sauces, malgré la puissance et l’originalité de cette interprétation.
Encore un mot...
Le titre interroge : chacun trouve son bonheur où il peut, et c’est une notion très relative. Quel pays peut donc revendiquer ce concept du bonheur ? Pour certains ce peut être, à l’instar de cet ancien ministre, garder son chauffeur gratuitement à 76 ans. Pour d’autres, aller au Club Med, pour d’autres enfin avoir de quoi manger !
Or La France, où il y a tout pour, n’est que 27ème dans le classement des pays où il fait bon vivre. La Finlande est première ! L’auriez- vous cru honnêtement ? C’est, pour nous le « Pays bonheur » comme on dit là-bas, mais un pays dont on ne revient pas.
L’auteur écrit : « Je voudrais monter à quel point émigrer en Occident, c’est une perte. Une douleur Un renoncement. Et une mort. » Le sujet est clivant, comme cette pièce du reste. (Chez Culture-Tops nous trouvons notre bonheur dans la lecture, et nous ne sommes pas les seuls).
Une phrase
- « Ici. Vous habitez ici. Vous travaillez ici. Vous vivez ici. Dans cet “ici“ qu’avant vous nommiez “là-bas“. Vous habitez dans des cités lointaines, des immeubles délabrés, des chambres d’hôtels et puis dans quelques foyers. Vous dites “abandons, réquisitions“. Vous dites “marchands de sommeil“. »
L'auteur
Emmanuel Darley est un romancier et dramaturge français, né en décembre 1963 et mort en janvier 2016. Une vie courte donc, mais bien remplie, émaillée de voyages en Asie et en Afrique, et consacrée à l’écriture, après des études de cinéma et un premier métier comme libraire.
Son ultime roman, Le Bonheur, roman du déracinement (2008), fut traduit dans plusieurs langues et à l’origine de cette adaptation de Thierry de Pina. Le Bonheur donna lieu à une pièce éponyme jouée à la Comédie Française.
Auparavant, en 2003, il a publié Un des malheurs, roman autour de la guerre qui a marqué les critiques et le public. D’autres pièces - Les Indigents, Pas Bouger, Barrier Grégoire - sont également à son actif, ainsi que des romans, comme par exemple Mardi à Monoprix, Des Gentils garçons (POL), Un gâchis (POL)…
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