Thêatre-Spectacles

La Journée de la jupe

Combat de femme
De Jean-Paul Lilienfeld
Mise en scène : Fréderic Fage
Avec Gaëlle Billaut-Danno, Julien Jacob, Hugo Benhamou-Pépin, Lancelot Cherer, Amélia Ewu en alternance avec Sarah Ibrahim, Sylvia Gnahoua, Abdulah Sissoko

Infos & réservation

Théâtre des béliers parisiens
14 bis rue Sainte Isaure
75018 Paris
Tél. : 01 42 62 35 00
http://www.theatredesbeliersparisiens.com
Jusqu’au 31 mars 2020, du mardi au samedi à 21h00, le dimanche à 15h00. Relâche le vendredi 07/02/20

Lu / Vu par

Anne-Claude Ambroise-Rendu
Publié le 03 fév . 2020

Recommandation

3,0BonBon

Thème

Sonia Bergerac est professeure de français dans un collège qu’on suppose être dans une zone sensible de banlieue. Elle persiste à venir faire cours en jupe malgré les conseils d’un entourage «  bienveillant », mais qui ne comprend pas le sens de ce combat qui leur semble minuscule et ambigu.

Sonia tente, sans y parvenir, de faire participer ses élèves récalcitrants et agités à un cours sur Le Bourgeois gentilhomme. Au bord de la crise de nerfs, elle trouve un pistolet dans le sac d’un de ses élèves, s'en empare et, involontairement, tire sur le garçon. Dès lors, tout bascule : elle prend la classe en otage, s’offrant pour quelques heures une amère revanche...

Points forts

• Des dialogues vifs, nerveux, percutants et qui tapent justes, servis par l’excellence des jeunes comédiens.

• “L’effet de sourdine“ qu’a su trouver Gaëlle Billaut Danno, succédant ainsi sans souffrir de la comparaison, à une Isabelle Adjani incandescente.

• La progression dramatique : le spectateur passe du rire atterré au soupir qui ne l’est pas moins.

Points faibles

• Malgré l’astucieux truchement imaginé pour figurer les extérieurs, le huis clos de la scène théâtrale est un peu étouffant, et aplatit quelque peu la tension dramatique.

En deux mots ...

• Objet d’une véritable polémique à sa sortie, le film de Jean-Paul Lilienfeld avait été soumis à diverses lectures qui n’ont rien perdu de leur actualité. On peut toujours comprendre cette pièce comme une dénonciation en acte de « l’islamisation » de la société, et/ou comme une attaque du “pédagogisme“ vide d’une politique scolaire qui, depuis des décennies, s’avère incapable de prendre en charge les problèmes de l’école, et/ou enfin comme une charge contre le sexisme quotidien, une défense du droit des femmes et des jeunes filles à vivre et à s’habiller comme elles le veulent sans être taxées de “putes“ ni prendre le risque de se faire violer. Ici réside peut-être l’aspect le plus intéressant de la pièce : dans l’évocation ironique de l’acceptation quasi unanime du fait qu’être une femme c’est vivre une existence risquée, et que si l’agression n’est pas « normale », au moins elle est prévisible et attendue…

• La difficulté c’est que cette pièce est tout cela : “les méchants“ y sont en effet des petits mâles noirs arabes et musulmans et “la gentille“, au bout du rouleau, se trouve victime de dominations en cascade - celle de sa hiérarchie (un proviseur masculin et dépassé et une ministre totalement coupée de la réalité du terrain) -  plus celle que tentent de lui imposer ses élèves et le policier médiateur.

• Femme et professeure de français, elle est secourue quand on ne s’y attend guère par une autre femme, une élève, qui accompagne cette prise d’otage parce qu’elle ne supporte pas « qu’un putain d’batard » violente une femme devant elle, et qui savoure ce moment de pouvoir sur les mâles qui l’entourent, la briment et la menacent. 

• L’ultime difficulté est que rien de cela n’est inexact, et que n’importe quel-le professeur-e de collège peut en témoigner.

Un extrait

“Quand une fille fait l’amour avec un garçon elle se salit, mais pas lui ?!”

L'auteur

•  Acteur, scénariste et réalisateur (notamment Arrêtez-moi en 2013), Jean-Paul Lilienfeld s’illustre volontiers en traitant des sujets dits “de société“, dans lesquels la condition féminine est souvent interrogée.

•  Dix ans après la réalisation de son film (avec Isabelle Adjani dans le rôle titre) il en écrit la version théâtrale et reçoit le prix Théâtre 2019 de la Fondation Barrière.

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