Thêatre-Spectacles

Le Banquet d'Auteuil

De Jean-Marie Besset
Mise en scène : Régis de Martrin-Donos
Avec JB.Marcenac, H.Lassïnce, F.Beaupérin, F.Quiring, Q.Moriot, R.Girelli, G.Cartelier, D.Ratonnat, A.Baillet-Devallez, A.Marcel

Infos & réservation

Théâtre 14
20 avenue Marc Sangnier
75014 Paris
Tél. : 0145454977
http://www.theatre14.fr
jusqu'au 25 avril

Lu / Vu par

Jacques Paugam
Publié le 17 mar . 2015

Recommandation

1,0BofBof

Thème

Point de départ de cette nouvelle oeuvre: au soir de sa vie, Molière, lassé par le peu d'empressement manifesté à son égard par sa femme, la comédienne Armande Béjart, participe, chez lui, à la campagne où il s'est réfugié, à un banquet marqué par un libertinage philosophique et sexuel, ayant pour creuset l'homosexualité.

Points forts

Je n'en vois malheureusement que deux:

1 Dans l'interprétation: la retenue, la finesse de Frédéric Quiring dans le rôle de Lully, qu'il interprète à la limite du second degré.

2 La musique, composée par Jean-Pierre Stora, qui est pratiquement le seul élément à faire passer une émotion au cours de la soirée. Non, j'exagère, il y a quand même un moment assez prenant lorsque Cyrano de Bergerac (Alain Marcel) retourne dans le monde des morts.

Points faibles

1 Jean-Marie Besset, qui n'a jamais manqué de culot, a ici l'audace de renouer avec ce qui fut un thème majeur dans l'antiquité gréco-romaine, celui du banquet, utilisé comme occasion d'une spectrographie d'une époque, sous tous ses aspects:pouvoir, amour, amitié, conception de la vie et de la mort etc...
Le problème, c'est qu'ici les échanges de propos n'ont que très peu d'intérêt tant le tropisme de l'homosexualité est développé de manière quasi obsessionnelle et sans la moindre originalité.

2 J'aurais personnellement préféré que la bi-sexualité de Molière soit évoquée comme une simple hypothèse et non présentée comme allant de soi.
Certes, accordons aux créateurs la liberté de nous entraîner dans leur imaginaire et, pourquoi pas, leurs fantasmes. Mais le hic, c'est qu'ici l'imaginaire est, sous couvert d'analyse sociale, étouffé à la racine par un plaidoyer aussi maladroit que militant. 

3 Résultat: c'est long, très long. Quand on ne cède pas à l'agacement, on s'ennuie beaucoup...

En deux mots ...

Qui seront trois:

1 Confirmation d'une loi du genre: théâtre et militantisme font rarement bon ménage, même lorsque l'auteur est, comme Jean-Marie Besset, quelqu'un de grand talent.

2 Il ne suffit plus aujourd'hui de mettre trois hommes "la quéquette à l'air" sur une scène pour faire d'un spectacle une pièce d'avant garde.

3 Si vous voulez découvrir une bonne pièce sur l'homosexualité, allez donc voir une excellente comédie de boulevard, "Sans Valentin"(cf. chronique Culture-Tops). Au moins, c'est drôle et, mine de rien, assez profond.

Une phrase

Vous me permettrez de préférer à cette phrase attribuée par Jean-Marie Besset à son Cyrano de Bergerac: "Messieurs, un peu de respect pour ces deux culs!", celle-ci, attribuée à Molière, évoquant l'époque où ça se passait bien avec Armande Béjart: "Toute les choses du monde ont rapport avec elle dans mon coeur".

L'auteur

Jean-Marie Besset est l'une des figures les plus éclectiques du monde théâtral français d'aujourd'hui. Auteur d'une vingtaine de pièces dont "Villa Luco", "La Fonction", "Ce qui arrive et ce qu'on attend", "Grande Ecole", "Rue de babylone", "Les Grecs". Adaptateur de Williams, de Coward, de Stoppard, de Bennett, de Hard, de Frayn. Et, à l'occasion, directeur de théâtre privé ou public. Il a été nommé six fois aux "Molières" comme "Meilleur auteur"; quatre fois comme "Meilleur adaptateur". il est Grand Prix du Théâtre de l'Académie française" etc, etc...
Il y a chez Besset, une acuité dans l'analyse des réalités sociales qui tient peut-être à sa formation Essec-Sciences Po. On retrouve généralement dans son style quelque chose de la précision millimétrée, fût-ce dans l'ordre poétique, qui donne une partie de leur force littéraire aux journalistes romanciers quand ils ont beaucoup de talent, comme Kessel, Camus, Rouart et d'autres.
Personnellement, ce que je préfère de lui, c'est sa courte pièce, "Je ne veux pas me marier", petit bijou sur les pièges et les aléas du mariage, perçu comme une sorte de confiscation arbitraire de l'avenir.

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