Thêatre-Spectacles

Paysage

Une heure de grand théâtre
De Harold Pinter
Mise en scène : Patrick Lassarte
Avec Patrick Lassarte & Margaret Clarac

Infos & réservation

Guichet Montparnasse
15 rue du Maine
75014 Paris
Tél. : 01 43 27 88 61
http://www.guichetmontparnasse.com
ATTENTION: dernière représentation, le 15 novembre

Lu / Vu par

Catherine Bonte de Cuniac
Publié le 09 nov . 2015

Recommandation

5,0En prioritéEn priorité

Thème

« Un couple, la cinquantaine; elle parle sans le regarder, lui parle sans l’écouter. »

L’homme et la femme se croisent, évoluent chacun dans son  histoire; elle immergée dans un onirisme solaire, lui dans un hyperréalisme, simpliste, grossier. Des souvenirs qui divergent et ne se rencontrent jamais; chacun enfermé dans son passé, ils se réinventent des scènes, la  plage, le bar, l’hôtel, la maison. 

La recherche du passé dans la souffrance, l’absence d’enfant.  La solitude d’un couple, des vies parallèles, chacun dans sa bulle. Le travail de la mémoire. Qui va jusqu’à l’éclatement, le cri, la souffrance.

L’un vivant complètement au présent, dans le réel de détails insignifiants,

L’autre dans la poésie, et un monde intérieur du passé, de la mémoire.

Le rapport à l'autre ne fait que renforcer le sentiment de solitude et de violence.

Points forts

. Deux comédiens remarquables, qui ont tous les deux une force et une intériorité exceptionnelles.

. La mise en scène est sobre, dépouillée, un acte, un tableau. Elle met  admirablement en valeur ces deux personnages étouffés par la rétention de leurs sens, tendus vers la recherche du passé, dans un formidable exercice de mémoire. Un jeu de faux fuyants. La musique, le bruit de la mer, indique sobrement le lieu de leur souvenir. 

. Des monologues qui s’ enchevêtrent, sans se répondre mais qui renvoient poésie contre réalisme, douceur contre brutalité, sensualité contre bestialité. Un fossé les séparent, ils sont chacun dans leur bulle, fragile, diaphane, se protégeant pour exprimer avec délicatesse ou brutalité la souffrance de leur enfermement. Comme deux partitions dans une même symphonie.

. Une interprétation brillante, juste, où l’émotion est palpable. Mutisme ou révolte, lyrisme et tragédie. Le spectateur se trouve happé, emporté par le côté fragile et hors du temps de l’errance de la femme puis brutalement ramené à la réalité par le côté primaire de l’homme qui se mue peu à peu en brutalité et violence, comme une sorte de un cri, tel le cri du Munch, symbole de sa souffrance.

Points faibles

Une pièce trop courte : une heure de grand théâtre.

En deux mots ...

Le rapport à l’autre, caricaturé à l’extrême, ne fait que renforcer le sentiment de solitude et de violence.
Une pièce sur l’incommunicabilité, remarquablement interprétée.

Une phrase

Elle parle de la plage, de la chaleur des dunes, de la fraîcheur de l’eau, « les hommes bougent naturellement, dit-elle, mon homme dormait au bas de la dune », « un enfant à nous , ça te plairait ? ».
Lui, parle du chien disparu, « je ne t’en ai pas parlé, je voulais t’en parler ». « J’aurais dû emporter du pain pour nourrir les oiseaux », lance-t-il.
Elle : « Ses doigts touchaient le bas de ma nuque ».

L'auteur

Ecrivain, dramaturge et metteur en scène, Harold Pinter, auteur « classique moderne » est considéré comme la figure la plus importante du théâtre anglais de la seconde moitié du XXème siècle. Prix Nobel en 2005. 
Né en 1930 à Londres, il est marqué par la misère, le racisme et les bombardements. Il écrira pour le théâtre, la radio, la télévision et le cinéma. Ses pièces illustrent le passé, la mémoire, l’enfermement et l’incommunicabilité entre les êtres.
On peut  le rapprocher de Beckett dans ses débuts de dramaturge, une situation banale virant rapidement à l'absurde menaçant. Avant de devenir  plus lyrique (Landscape, 1967; Silence, 1968) et de se tourner plus résolument vers la politique avec  One for the Road, en 1984.
Les dialogues de Pinter mélangent un certain naturel d'expression (courtes répliques, formules simples, notations grivoises, utilisation de l'argot) avec un dérapage verbal à la limite de l'onirisme, empli de saturations et de répétitions (monologues, suspensions, coupes, ellipses, silences). L'idée de communication est ainsi mise à mal dans un univers où le faux et le véridique se télescopent sans pouvoir être démêlés.

Commentaires

yann kerlau (yann.kerlau@gmail.com
Le 12 nov. 2015
à 12h43

Merci pour cet intéressant texte qui donne envie de courir entendre cette pièce de Pinter. Juste un bémol : pourquoi n'avoir pas cité le nom des comédiens dont vous écrivez qu'ils sont formidables ? YK

culture-tops
Le 12 nov. 2015
à 14h43

Bonjour Yann, merci pour votre commentaire.

Nous les avons donc mentionnés dans les informations en début de chronique.

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