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Une guerre civile transposée et pas toujours clairement déchiffrable
De
Victor Hugo (d’après Quatrevingt-treize)
Adaptation et mise en scène : Sylvain Bastonero
Avec
Thaïs Laurent, Charlotte Orsini, Alexis Tran, Samuel Hucault, Orianne Dumeny, Clément Pronost
Notre recommandation
3/5

Infos & réservation

A la Folie théâtre
6, rue de la Folie Méricourt,
75011
Paris
01 43 55 14 80
Jusqu’au 20 juin 2026. Jeudi, vendredi et samedi 21h30
Avignon : Festival Avignon Off 2026, Théâtre de l’adresse, 17h55.

Thème

  • En 2093, dans un pays en proie à la guerre civile, le prince-technocrate Lantenac, fraichement débarqué dans les environs de Saint Malo, prend la tête de la rébellion bretonne contre le régime de la Société des Vivants

  • Sa tête est mise à prix par le comité de Salut Public, et Robespierre ordonne à la commandante Gauvain, parente de Lantenac et connue pour son idéalisme, de le retrouver et d’écraser les derniers Républicains. 

  • Se méfiant de sa clémence, on nomme auprès d’elle son ancien précepteur, un homme inflexible : le prêtre Cimourdain, « conscience pure mais sombre », ayant « en lui l'absolu. » Ces deux consciences vont s’affronter et se déchirer.  

Points forts

  • Le choix qui consiste à adopter une forme futuriste et évoquant les jeux vidéo pour actualiser le texte de Hugo, se révèle tout à fait convaincant.

  • Dans un froid décor brutaliste, les acteurs d’une société totalitaire composent en noir et rouge de superbes fresques, magnifiquement éclairées. 

Quelques réserves

  • On peut regretter d’abord et surtout la confusion des genres à laquelle se livre cette adaptation. En effet, écrivant Quatrevingt-Treize, Hugo veut montrer un pays déchiré par la difficulté à faire avancer ensemble révolution et république. Cet objectif est perdu ici en partie parce que les républicains – qui pour Hugo sont bien des artisans de la démocratie- sont transformés en défenseurs d’une Société des vivants dont on ne voit pas bien à quoi elle ressemble, si ce n’est à un régime totalitaire soumis à une surveillance orwellienne. Quant aux monarchistes bretons, ils sont métamorphosés en républicains qui semblent n’avoir de républicains que le nom... Le spectateur en perd son latin révolutionnaire…

  • Les difficultés suscitées par cette étrange transposition sont aggravées par les vociférations et l’élocution difficilement audible de certains comédiens, qui ne permettent pas d’affronter véritablement la complexité des actions humaines en temps de dissensions politiques.
    Ajouter de l’emphase à l’emphase hugolienne, de la solennité à la solennité révolutionnaire provoque ici un ralentissement du spectacle, des pauses un peu lourdes, qui lui nuisent.

Encore un mot...

  • Préfaçant Lucrèce Borgia, Hugo écrit : « Le théâtre de nos jours a une importance immense. Le théâtre est une tribune. Le théâtre parle fort et parle haut. C'est une grande et sérieuse chose que le théâtre. Il a une mission nationale, une mission sociale, une mission humaine. » 

  • C’est bien pourquoi, attaché à montrer l’ambivalence des êtres, il montre que dans ce climat de guerre civile et de chaos, la violence absolue, impitoyable et farouche de Lantenac et de Cimourdain, leur terrifiante exigence n’excluent pas la nuance humaine que révèle le geste de Lantenac et la fin de Cimourdain. 

Une phrase

  • « La guerre a d’affreuses beautés. Elle a aussi, convenons-en, quelques laideurs. » 

  • Gauvain : « Ce que fait la révolution en ce moment est mystérieux (…) Sur la barbarie se construit un temple de civilisation. (…) Une tempête sait tjs ce qu’elle fait. Pour un chêne foudroyé que de forêts assainies ? La civilisation avait une peste, ce grand vent l’en délivre. Il ne choisit pas assez peut-être peut-il faire autrement ? Non. »

  • Cimourdain : « Rien n’est au-dessus de la justice.
    - Gauvain : tu parles de justice et tu la trancheras à coups de guillotine. » 

L'auteur

  • Rédigé de décembre 1872 à juin 1873, publié en 1874, Quatrevingt-Treize est le dernier roman de Victor Hugo. Il est écrit au lendemain de cette « année terrible » marquée par la guerre franco prussienne et la Commune de Paris (mars-mai 1871), à la fois tentative révolutionnaire et guerre civile.

  • Ce roman est une sorte de testament laissé par « l’homme-siècle » à la jeune république française, une invitation à réfléchir que ce que sont la justice, l’idéal, la clémence, toutes ces valeurs qui fondent une civilisation. 

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