Douze, la vie en alexandrins
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Thème
Ce seul-en-scène poético-humoristique imagine une vie en alexandrins et propose d’arpenter différentes périodes de l’existence - de la naissance à la mort - et des situations diverses en les racontant en alexandrins.
Dans un décor épuré - un bureau, une guitare, des livres - se déploie un univers intime et quotidien où les bébés parlent en vers, l’achat d’une baguette et la rupture conjugale se disent en alexandrins.
- L’idée à la fois folle et séduisante qui préside à cette démonstration, c’est que la vie serait plus drôle et plus douce si elle marchait sur douze pieds, relevés par quelques accords de guitare…
Points forts
On perçoit, dans ce spectacle presque méditatif, bercé par la sobre guitare de la bande son, tout l’amour de Jean-Pierre Brouillaud pour les beautés de la langue, celles de la poésie, d’Aragon à Rimbaud, et sa joie d’être sur scène.
L’impeccable diction de l’auteur-comédien sert la fluidité de l’alexandrin, le dépouille de sa solennité et le met en lumière comme pièce possible d’existences à réenchanter. Que l’amour de la poésie et des mots soigne bien des tristesses et des anxiétés, et notamment celles que suscitent le vieillissement et l’approche de la mort, c’est ce que nous rappelle une scène mélancolique particulièrement réussie.
Ce lien tissé entre la trivialité du quotidien et le vers peut créer le désir de goûter au plaisir de l’alexandrin hors cadre académique.
Quelques réserves
Le défi est à la fois admirable et amusant, mais tient un peu quand même de l’exercice de style. S’il est joli, le spectacle se tient à distance de tout engagement (la mise en parallèle classique des discours politiques suggérant, qu’au fond, tout ceci se vaut est assez convenue), mais sans autre prise de risque véritable que la prouesse qui consiste à dire la vie en alexandrins.
La drôlerie de certaines mises en situations ne suffit pas vraiment à constituer un propos. Or, s’il est le sujet du spectacle, l’alexandrin, malgré tout son charme, n’est qu’une forme.
Encore un mot...
- La tentative à elle seule vaut qu’on s’y arrête : lorsqu’il s’agit d’inventer ou de réinventer des formes théâtrales inédites - théâtre des corps, théâtre des textes et des voix – le seul vrai péché est la faute de goût, la trahison des auteurs et/ou de la langue, ce qui n’est pas le cas ici.
Une phrase
Une femme quitte son mari. Au lieu de lui dire : « J’me barre », elle dit :
« Gérard, mon cher Gérard, je te trouvais si beau,
Si drôle, si brillant. Tu étais mon flambeau
Et je t’aurais suivi partout, à en mourir,
Si je n’avais fini par enfin découvrir
A quel point tu es laid, stupide et emprunté.
Aujourd’hui je te laisse à ta médiocrité. »En voiture] :
« Ne pourriez-vous donc pas cher automobiliste
Lorsque vous vous trouvez au volant sur la piste,
Faire plus attention à toutes vos manières.
Il y a des gens devant, il y a des gens derrière. »
L'auteur
Auteur, Jean-Pierre Brouillaud a publié six romans, un recueil de nouvelles et plusieurs pièces de théâtre.
- Douze, pour laquelle il se fait comédien, a été créée à Paris en septembre-octobre 2024 au Théâtre de l'île Saint-Louis, et reprise au festival d'Avignon en 2025, et y a obtenu un franc succès.
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