Le cercle des poètes disparus
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Thème
En 1959, la Welton Academy forme depuis plus d’un siècle ses élèves aux examens d’entrée aux plus grandes universités américaines (l’Ivy League). Sa devise tient en quatre mots : tradition, honneur, discipline, excellence.
Devant une classe de jeunes adolescents – Charlie, Todd, Cameron, Neal et bien d’autres – débarque un professeur de Littérature, John Keating, dont les méthodes d’enseignement tranchent avec l’austère académisme pratiqué par l’établissement, dirigé d’une poigne de fer par le sévère Nolan.
Keating encourage le refus du conformisme et l’épanouissement de la personnalité par la poésie et l’art de profiter de l’instant présent par-dessus tout (Carpe diem). De plus Keating, lui-même un ancien de Welton, a fondé et animé durant sa scolarité un Cercle des poètes disparus qui intrigue, puis excite ses élèves, et en premier lieu le plus doué d’entre eux, Neal, aux prises avec un père psychorigide, totalement imperméable et opposé aux aspirations littéraires et théâtrales de son fils.
Points forts
La transposition d’une écriture cinématographique dans un jeu incarné. S’il y a des spectacles où l’on encourage la jeunesse à toujours croire plus fort en elle-même à travers des valeurs humanistes et altruistes, alors Le cercle des poètes disparus possède cette grande vertu.
Pendant une heure et demie, les huit magnifiques interprètes de ces étudiants font assaut d’une sincérité désarmante, bousculés et bouleversés dans leurs certitudes, confortés dans leur “ipséité“ par un professeur anticonformiste qui vient boulerverser leur vie.
La pièce est servie par une équipe de jeunes comédiens surprenants d’authenticité et interprétant Neal, Cameron, Charlie, Tod, Mix... L’alchimie fonctionne à plein tant leur écoute entre eux et leur jeu les singularisent tout en ne formant qu’une seule et même entité au sein du « cercle » : l’un possède une sensibilité à fleur de peau qu’un rien peut déchirer, l’autre nous touchera dans ses silences par une belle intériorité fragile, un autre encore porter la révolte et l’insolence avec brio et énergie, puis un autre interprète tout en finesse un personnage complexe percuté dans ses convictions, un autre encore est déchiré entre son sens du devoir et son envie d’émancipation, puis celui-ci porte la candeur et la bonhomie avec innocence, quand le dernier s’élance en Roméo impétueux sous la férule d’un professeur qui l’encourage à « cueillir dès aujourd’hui les boutons de rose. »
Ce professeur, c’est Philippe Torreton, charismatique, sans forfanterie, iconoclaste trublion pédagogique, qui avec une immense générosité et une ironie mordante bouscule puis nourrit ce petit groupe, et le mène à goûter la « substantifique moëlle de l’existence. »
Ajoutons à cela un dispositif scénique astucieux qui permet des changements de décor à vue, sans donner de temps mort dans la multiplicité des lieux.
Quelques réserves
- Pas de réserve, « Capitaine, ô mon capitaine ! »
Encore un mot...
C’est à une réhabilitation de la poésie, non comme discipline académique purement livresque et déssêchée, mais comme expérience visant à « savourer le langage et aimer les mots », mais aussi porteuse de leçons de vie que nous assistons en entrant dans ce Cercle des poètes disparus. La littérature en général, et la poésie en particulier est ici un genre qui invite à penser par soi-même et à « ajouter sa rime au puissant spectacle du monde. »
C’est aussi le portrait de l’Amérique de la fin des années 1950, largement prospère avec l’épanouissement de la société de consommation, mais très conformiste et encore corsetée par diverses autorités (religieuses, éducatives, familiales, avec la toute-puissance paternelle).
C’est donc un appel à la jeunesse dans sa capacité à rompre avec les conventions de ses aînés, à tourner le dos à « l’ignorance de la masse », à inventer son destin et construire une société pétrie par ses propres valeurs plutôt qu’à reproduire servilement celles des générations précédentes qui, de ce fait, résistent opiniâtrement à ce mouvement d’émancipation…
En cela, Le cercle des poètes disparus ouvre la voie à la contestation tous azimuths de la décennie suivante, comme le montrera The Graduate (Le Lauréat de Mike Nichols, 1967) et bien d’autres témoignages et fictions, Le cercle lorgnant aussi du côté d’If (Lindsay Anderson, 1968, palme d’or à Cannes en 1969), film de révolte lycéenne (bien plus violente) dans une public school britannique.
Inscrivez-vous donc à l’Académie de Welton, il reste encore quelques places, mais… faites vite !
Une phrase
Charlie [alias Charabia, à un nouvel arrivant] : « Bienvenue à Wel… tonne de merde ! »
Le père [à son fils Neal] : « Je suis content de passer te voir… Cela ne me dérange pas… »
Neal [parlant de son père] : “S’il me voit sur scène, il me tue !”
KEATING [s’adressant à sa classe] : « Je vais vous dire ce que je vois vraiment : des jeunes gens plein d’avenir… et j’aimerais qu’ils ne soient pas un jour paralysés par leurs certitudes. Si monsieur Dalton avait laissé un peu plus de place au doute, il pourrait s’assoir sans faire de grimace… Qui a dit “Ce n’est pas le doute qui rend fou, ce sont les certitudes“ ?
- MEEKS : Nietzsche !
- KEATING : Bravo Meeks ! Alors comment faire pour approcher la vérité ? Quels sont les moyens à notre disposition ? La critique et la discussion… Et pour ça, il faut oser remettre en cause ses certitudes, et celles des autres. C’est plus difficile qu’on ne croit. On en a tous des certitudes. »
[…]
NOLAN : Dites-moi, Mr KEATING, pourquoi vos élèves marchaient-ils en tapant dans leurs mains ?
KEATING : C’est un exercice pour illustrer les dangers du conformisme… »
[…]
NOLAN : « John permettez-moi de vous dire que vous utilisez des méthodes d’éducation fort peu orthodoxes. Les programmes d’enseignement de cette école ont été éprouvés. Ils fonctionnent. Et n’oubliez pas que parmi les fondamentaux de cette institution, il y a la tradition et la discipline. Je ne dis pas que vous soyez responsable des facéties du jeune Dalton, mais je vous rappelle tout de même qu’à cet âge-là, ces garçons sont prêts à croire en tout.
- KEATING : Mais c’est précisément le raison pour laquelle je fais ce métier! Pour les mettre en garde, réveiller en permanence leur sens critique sur l’enseignement que nous leur donnons…et en profiter aussi pour réveiller le mien ! Je fais ce métier, monsieur Nolan, pour glisser du doute partout où je peux ET les accompagner dans une nouvelle pensée qu’ils structurent libres de contraintes ! Qu’y a-t-il de plus beau que de pouvoir les entendre dire un jour : “ Mais alors Mr Keating, je ne suis pas d’accord avec Nietzsche!‘‘
- NOLAN : Je ne comprends pas grand-chose à ce que vous me racontez, Keating, où plutôt je comprends trop combien vous risquez de les conduire droit dans le mur !
- KEATING : Le mur n’attend que ça, Mr Nolan, qu’on éprouve sa force et de se sentir encore plus fort lorsqu’on se cogne à lui ! Qu’il résiste, mon Dieu, mais qu’il résiste , c’est ce qu’on attend de lui. C’est son devoir de mur. Le nôtre est de tout tenter pour le faire tomber ! »
L'auteur
Tom Schulman est un réalisateur, producteur, producteur exécutif et scénariste américain né le 20 octobre 1950 à Nashville (dans le Tennessee).
Son Cercle des poètes disparus, habilement réalisé par Peter Weir et sorti en 1990, rencontra un succès considérable, grâce notamment à l’interprétation de Keating par Robin Williams.
L’adaptation théâtrale a remporté deux Molières en 2024 (mise en scène, révélation masculine).
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