Le discours d’un roi

Quand l’histoire, à l’instar du roi, bégaie
De
David Seidler
Adapté en français par Patrick Haudecoeur et Gérald Sybleyras
Mise en scène
Jérémie Lippmann
Avec
Grétel Delattre, Delphine Depardieu, Francis Huster, Philippe Torreton
Notre recommandation
4/5

Infos & réservation

Théâtre du Gymnase-Marie Bell
38, Bd Bonne nouvelle
75010
Paris
01 42 46 79 79
Jusqu’au 3 janvier 2027. Du mercredi au samedi à 21h, le samedi à 16h et dimanche à 16h30.

Thème

  • On connaît l’histoire par le film éponyme de Tom Hooper en 2010, dont le succès mondial a contribué à populariser cette double crise de la monarchie britannique s’étant déroulée en l’an de (dis-) grâce 1936 :

    • à la mort du roi George V, son fils ainé, le prince de Galles, lui succède, mais non seulement Edouard VIII a une liaison avec une Américaine deux fois divorcée, mais il veut à tout prix l’épouser, alors que l’un et l’autre cultivent des accointances avec diverses personnalités du IIIe Reich ;

    • décidé (et poussé) à abdiquer, Edouard laisse le trône à son frère, mais George VI bégaie, ce qui fragilise, et peut-être condamne d’emblée son règne.

  • La pièce montre comment le nouveau roi va surmonter ce handicap avec l’aide de Lionel Logue, un improbable orthophoniste australien, et comment il va endosser - avec succès durant une période particulièrement critique de l’histoire européenne et britannique - une fonction pour laquelle il n’avait initialement aucun goût, ni prédisposition, du moins en apparence.

Points forts

  • La mise en scène, sans affèterie excessive, alterner deux décors mobiles (les intérieurs de Buckingham Palace et le cabinet de Logue) dans lesquels comédiennes et comédiennes peuvent donner toute leur mesure : ainsi Philippe Torreton, que l’on a quitté extraverti et volubile dans Le cercle des poètes disparus, est tout aussi excellent en duc d’York, souverain timide et effacé, mais animé d’une ténacité inflexible.

  • Le discours d’un roi évoque la manière dont un handicap peut être surmonté : de fait les exercices d’orthophonie infligés par Lionel Logue à “Bertie“ valent le détour, et sont interprétés avec gourmandise et jubilation par l’un comme par l’autre des protagonistes, qui du reste ont dû les subir dans leur formation de comédiens…

  • Mais la pièce va plus loin, qui évoque les racines profondes du royal bégaiement, qui montre aussi que “la vie de château“ n’a souvent rien de particulièrement plaisant, tant elle contraint, soumet et formate les personnalités. Le rôle de la figure royale en période de montée des périls ainsi que la manière dont une monarchie multiséculaire doit s’adapter aux nouveaux médias – ici la radiodiffusion comme vecteur amplifiant la parole politique - en passe de triompher auprès de l’opinion entre les deux guerres, restent d’une particulière actualité.

Quelques réserves

  • Puisqu’il est ici question d’orthophonie et de diction, l’on se demande parfois ce qui pousse un comédien de la trempe de Francis Huster d’appuyer à ce point certaines syllabes (généralement la deuxième de chaque mot) au point de les crier, ce qui est d’autant plus inutile que cela ne rend pas justice à l’accent australien…

  • Factuellement, on peut déplorer que l’adaptation en français ait conservé au “camarade“ Staline en 1936 une distinction de maréchal qu’il n’obtiendra qu’avec la Seconde Guerre mondiale, soit bien plus tard. On peut également trouver incongru – à moins qu’il ne s’agisse de fournir au spectateur un point de repère connu de tous – l’omniprésence de Winston Churchill comme figure politique majeure dans cette pièce, alors qu’en 1936-39, les Premiers ministres de Sa Très Gracieuse Majesté avaient pour noms Stanley Baldwin, puis Neville Chamberlain : Winston, très minoritaire et marginalisé au sein des conservateurs, était alors réduit à ronger son frein dans sa baignoire, un cigare à la bouche et un verre de whisky en main.

Encore un mot...

  • D’une certaine manière, le symptôme du bégaiement de George VI est aussi celui de l’histoire : Lionel Logue, orthophoniste autodidacte, a débuté dans le métier en traitant des soldats australiens en situation de stress post-traumatique après la Première Guerre mondiale, et une vingtaine d’années plus tard, il va armer la parole monarchique pour faire face à la suivante.

Une phrase

  • Edouard VIII [En clin d’œil à une célèbre formule postérieure désignant les Windsor] : « Nous ne sommes pas une famille, mais une firme. »

L'auteur

  • David Seidler (1937-2024) était un dramaturge et scénariste britannico-américain, surtout connu pour avoir écrit le scénario du film Le Discours d'un roi, pour lequel il fut récompensé par l'Oscar du meilleur scénario original en 2011.

Ajouter un commentaire

Votre adresse email est uniquement visible par Culture-Tops pour vous répondre en privé si vous le souhaitez.

Plain text

  • Aucune balise HTML autorisée.
  • Les adresses de pages web et les adresses courriel se transforment en liens automatiquement.
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.

Toujours à l'affiche