Max Fridman, Hiver 1938, Les Cousins Meyer

Après 18 ans d’absence... Max Fridman revient
De
Vittorio Giardino
Ed. Glénat
174 p.
25 €
Notre recommandation
4/5

Infos & réservation

Thème

Autriche, avril 1938, un mois après l’Anschluss. Le joug de l’appareil nazi se fait de plus en pesant sur l’ancienne capitale de « la patrie de Mahler, de Zweig, de Roth, de Werfel. » Rien ne semble pouvoir arrêter l’abominable machine brune : arrestations arbitraires de commerçants juifs, interdiction de fréquenter des femmes aryennes, impossibilité d’exercer certaines professions…

Franz Meyer est juif et psychiatre. Il vit avec sa seconde femme Greta, sa fille aînée Myriam, son fils Edmund. Ils subissent de plein fouet la brutalité nazie. Ilse, sa cadette, mariée à un membre de la haute aristocrate autrichienne, essaie de les protéger en utilisant les relations de sa belle-famille. Ulrich Von Trudhof, colonel dans l’armée allemande, qui a sympathisé avec Myriam, est un autre soutien précieux.

Mais que peut faire la bonne volonté de quelques-uns contre la violence institutionalisée ? Franz se résigne à contacter sa cousine Ruth, mère de Max Fridman. Franz pense qu’il est le seul capable de leur faire quitter l’Autriche avant qu’il ne soit trop tard.

Points forts

Quel bonheur de retrouver Max Fridman ! Près de 20 ans que nous l’avions quitté en pleine Guerre d’Espagne. Autant prévenir tout de suite ceux qui ne le connaissent pas : Max Fridman, c’est l’anti James Bond. Un espion aux allures de Monsieur-tout-le-monde, tout en retenue, parcouru de failles et de doutes, mais redoutablement compétent. Un adepte des filatures discrètes où les tramways brinquebalants remplacent les voitures de luxe et les cafés modestes les casinos exubérants. 

L’élégance classique du dessin de Vittorio Giardino est immédiatement reconnaissable. Tout en maîtrise et en sobriété, soutenu par un cadrage également classique, il peut donner le sentiment d’installer une forme de lenteur, y compris dans les scènes d’action. Mais quelle densité ! Quelle façon incomparable d’installer un sentiment d’inéluctable contre lequel tous les plans séquence ne pourraient lutter.

Le scenario en est le parfait écho. Extrêmement construit, sans esbrouffe, par petites touches successives, il déroule une intrigue étouffante aux ramifications multiples dont rien ne semble pouvoir contrarier la progression sous-tendue par une violence feutrée. 

Quelques réserves

La dernière phrase de l’ouvrage est bien mystérieuse. Faut-il y voir une pirouette avec laquelle Giardino se serait laissé aller à une forme de facilité ? Faut-il la comprendre comme une porte laissée entrouverte sur la possibilité d’une suite ? L’auteur nous ayant fait attendre 18 ans entre les deux dernières aventures de Max Fridman, on aimerait avoir quelques certitudes...  

Encore un mot...

Avec ce nouvel opus des aventures de son héros fétiche, Vittorio Giardino poursuit sa dénonciation de la montée en puissance des régimes totalitaires au cœur de l’Europe des années 1930. 

En mettant la famille de Max Fridman au cœur de l’intrique, il « l’humanise » d’une façon inédite et nous révèle des pans entiers d’une histoire personnelle jusque-là bien mystérieuse.

Une illustration

L'auteur

Pour découvrir Vittorio Giardino, je vous invite à vous référer à la notice biographique de l’excellente chronique de Jonas Fink: Jonas Fink, Le Libraire de Prague, éd. Casterman, chroniquée par Dominique Clausse sur notre site : Critique Avis Jonas Fink, le libraire de Prague de Vittorio Giardino | BD Culture-Tops

Ajouter un commentaire

Votre adresse email est uniquement visible par Culture-Tops pour vous répondre en privé si vous le souhaitez.

Plain text

  • Aucune balise HTML autorisée.
  • Les adresses de pages web et les adresses courriel se transforment en liens automatiquement.
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.

Ils viennent de sortir