Chroniques festivalières

Chronique festivalière du 22 juillet

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Chers tous,
C'est sous le sceau de la comédie que cette chronique sera marquée avec une tragédie pour finir... il en faut pour tout le monde. Le festival continue à battre son plein sous un soleil de plomb, les salles obscures sont les bienvenues pour nous rafraîchir l'âme et le corps.
Bonne lecture.
Jean-Pierre Hané

 

MIDAS - de et chorégraphié par Laura Arend

Théâtre Golovine – 10H30 – relâches les 11,18,25 juillet

Mise en scène : Corentin Darré

Avec : Laura Arend

Toutes les nuits les statues du musée se réveillent et se racontent leurs histoires. Une parmi elles reste silencieuse, celle de la Reine Midas qui trop portée par son amour de l’argent vécut un destin singulier… lequel ? C’est l’histoire qui va nous être contée.

UN MOT
Laura Arend s’empare du mythe du roi Midas pour en faire un poème conté et chorégraphié avec grâce et élégance. Elle s’adresse dans sa forme à tout public dès 7 ans.

La portée de son mouvement se veut simple et fluide, intégrant une gestuelle parfois figurative qui la rapproche d’une narration propre à toucher un jeune public peu habitué à la danse mais qui par sa force d’abstraction franchit la frontière du conte sans difficulté.  La part réservée à la vidéo suscite l’imaginaire d’une Grèce antique. Un agréable voyage de bon matin.

 

LES AMOUREUX DE MOLIERE – d’après Molière

Condition des soies – 11H30 – jusqu’au 18 juillet

Mise en scène : Les Mauvais élèves (collaboration artistique Shirley et Dino)

Avec : Valérian Béhar-Bonnet, Elisa Benicio, Bérénice Goudy, Antoine Richard

400 ans pour fêter Molière, il n’en fallait pas plus aux Mauvais élèves pour s’emparer de notre Jean-Baptiste pour le célébrer. On revisite le répertoire avec décalage et fantaisie.

POINTS FORTS
Avec rien, ils font vivre le plateau de théâtre avec bonne humeur.
Des costumes et des situations improbables dans le respect de la tradition avec un grain de folie supplémentaire.
Un pastiche de comédie musicale tout aussi rafraichissant. 

POINTS FAIBLES
L’assise inconfortable du théâtre mais qui ne nous empêche pas d’éclater de notre rire primitif (hommage à Raymond Devos)

ENCORE UN MOT
Ces mauvais élèves ont de qui tenir dans l’extravagance et la folie de leur propos. Ils s’étaient emparés des « grands rôles » du répertoire, de Marivaux et de Shakespeare, il était temps que Molière y passe aussi. Toujours inventifs, adeptes de la farce et dignes enfants du cabaret, ils réjouissent tous les publics de 7 à … ans. Quelle jolie porte d’entrée pour donne le goût du théâtre que ce théâtre de tréteaux tout terrain. On pourrait même découvrir (n’en déplaisent au puritains) cette facilité d’improvisation dont devait user le grand maître pour enjouer les foules avec ses lazzis et ses digressions. Ils auraient droit à recevoir un Molière d’honneur de la bonne humeur.

 

UNITE MODELE – de Guillaume Corbeil

La scierie – 19H , relâches les 12,19,26 juillet

Mise en scène : Guy-Pierre Couleau

Avec : Moana Ferré, Nils Olhund

Nous sommes convoqués pour une soirée promotionnelle par deux agents immobiliers pour nous vanter les mérites d’un nouveau complexe d’habitation. Chaque « unité modèle » de logement correspond à une vie de rêve, de fantasme, de bonheur que ces deux prometteurs nous exposent. Ils sont le modèle parfait du couple idéal qui peut prétendre à ces unités et tente de convaincre que nous correspondons quelque soit notre identité de couple à une catégorie. Mais ces deux modèles de bonheur, en apparence si parfaits sont ils vraiment heureux ou n’exposent-ils qu’un vernis trompeur ?

POINTS FORTS
Une critique au vitriol de notre société consumériste où tout ce à quoi nous aspirons correspond à un standard bien précis.
Une interprétation glaçante par les deux comédiens désarmant d’authenticité tragique.
Une mise en scène clinique, chirurgicale et quasi anxiogène qui nous pousse au rire malgré nous. 

POINTS FAIBLES
Une exposition un peu longue à mon goût. 

ENCORE UN MOT
Tout est standardisé aujourd’hui dans notre monde où aspirer au bonheur doit être la combinaison de plusieurs produits marketing, censés englober toutes nos aspirations et combler nos rêves, nos envies. Tout est réduit à des modèles clés en main pour nous simplifier le quotidien et vivre en harmonie sur un même schéma. Guy-Pierre Coulaud réalise une performance à la « Black Mirror » en réduisant à l’état de machines automatisées des êtres humains dotés malgré tout de sensibilité dont le système de sauvegarde et de défense est défaillant. Le confort, le bonheur, l’amour ne peuvent être réduit à un refuge codifié. On se refuse à devenir ces quasi-robots et pourtant si nous regardons bien, tout nous conditionne à leur ressembler. Ce qui nous sauvera doit avant être notre « humanité ». Un spectacle qui nous fait réfléchir sur notre propre autonomie au bonheur.

 

REDOUTABLES

de et avec Isabelle Alexis, Sylvie Audcoeur, Juliette Meyniac, Ariane Séguillon

Théâtre de l’Oriflamme – 21H30 – relâches les 12,19,26 juillet

Mise en scène de Jean-Luc Moreau

Trois amies dans la vie, trois partenaires sur scène d’un spectacle à succès apprennent le soir de leur dernière la trahison de leur metteur en scène sur la reprise adaptée pour le cinéma. Suite au premeir choc, il s’agit de réagir et le tempérament de ces dames est plutôt volcanique ce qui réserve à cet homme de drôles de surprises et à elles-mêmes bien des péripéties.

POINTS FORTS
L’énergie et le tonus des comédiennes
La mise en scène toujours alerte de Jean-Luc Moreau
Un certain mélange des genres qui surprend agréablement 

POINTS FAIBLES
Quelques situations un peu à l’emporte-pièce pas forcément très nécessaires et à la logique fragile 

ENCORE UN MOT
Quoi qu’on en dise, c’est une comédie tourbillonnante qui donne la part belle aux comédiennes qui se sont fait un plaisir de s’écrire des rôles sur la mesure de leur talent.
Volcanique, naïve ou nunuche , voilà un trio qui déridera vos zygomatiques pour les amateurs de bonne humeur. Trois drôles de dames qu’il vaut mieux éviter de contrarier, alors si vous y aller… applaudissez-les… dans votre intérêt !

 

TU FAIS QUOI DANS MA VIE – de et avec Alexandra Moussaï et Arnaud Schmidtt

Théâtre de l’Oriflamme – 18H15 – les lundis, jeudis et samedis

Mise en scène : Ludivine de Chastenet

Emma et Antoine se connaissent depuis l’enfance et à l’occasion de l’enterrement de la mère d’Antoine ils se retrouvent. Ils ont fait une partie de leur vie et à l’occasion de la visite de cette chambre où ils ont passé leur adolescence les voilà qui font un pas de côté… tout est remis en question, pourtant ce sont des adultes…enfin presque…

POINTS FORTS
La très jolie complicité du couple
Une direction d’acteurs sobre qui offre une palette de jeu diversifiée à ses interprètes.
Une comédie tendre pour trentenaire en panne de perspective 

POINTS FAIBLES
On se laisse porter sans beaucoup réfléchir et ça fait du bien 

ENCORE UN MOT
Après « Vous pouvez ne pas embrasser la mariée » qui nous avait fait découvrir les premiers émois de couple, la suite qu’ils ont écrite est de bon aloi. Elle réussit le pari de retrouver les personnages dans de nouvelles situations avec plus de maturité et beaucoup de tendresse et de délicatesse. Si vous ne les connaissiez pas vous les découvrirez avec attachement. C’est une jolie comédie romantique qu’on déguste sans se poser de questions et qui fait le lit d’un sourire qui se dessinera parfois sur vos lèvres avec un goût de « déjà vécu ».

 

APRES LE CHAOS – de Elisabeth Gente-Ravasco

Théâtre des Barriques – 18H25 – relâches les 12,19,26 juillet

Mise en scène : Stéphane Daurat

Avec : Véronique Augereau

Percutée de plein fouet par une nouvelle impensable, une mère apprend que son fils est mort dans une fusillade au cours d’une fête. Tout son monde s’écroule, comment faire face, comment réagir, comment continuer à vivre quand elle découvre que son enfant est le meurtrier.

POINT FORTS 
L’interprétation sobre et bouleversante  de Véronique Augereau.
La scénographie et la création lumière qui accompagnent sans appuyer un récit cru et violent
Une mise en scène aussi sobre que sensible qui laisse une place au corps meurtri avec retenue et pudeur

POINT FAIBLES
Une petite longueur dans la dernière partie qui se veut trop explicative mais qui n’a pas besoin d’être, tout a été dit

ENCORE UN MOT 
Comment réagir à l’indicible, dans la simple horreur d’un quotidien déchiré. Comment comprendre et se faire entendre dans un chaos d’événements et de réactions. « Comprendre, toujours comprendre » disait l’Antigone d’Anouilh… mais quand il n’y a rien à comprendre parce qu’on a toujours tout donné, au mieux, à ceux qu’on aime, à son enfant. Coupable ? oui… non… peut-être … et de quoi ?
Quand la tragédie la plus intime s’invite devant vous avec son plus beau sourire et massacre tout votre monde.
Le texte est tout à la fois la somme d’une évidence, d’une cruauté, face à une humanité violée qui tout à coup vous isole de tout, de tous, vous rend sourd aux réactions des autres, vous exclue du champ des vivants. On glisse lentement avec Véronique Augereau dans un égarement progressif, sans jugement, comme anesthésié. Des mots simples pour nous interpeler sur notre monde en proie à ces violences de masse et sur notre impuissance à la prévenir et à la subir… et cette phrase lancinante : « il faut bien vivre, vaille que vivre ! »