Chroniques festivalières

Chroniques festivalière du 29 juillet

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Chers tous,
Le festival s'achève doucement, les spectateurs se raréfient mais les compagnies tiennent bon jusqu'au bout avec toujours pour nous de belles surprises.
Bonne lecture.
Jean-Pierre Hané

 

COUPURES – de Samuel Valensi

La Scala – 10H – relâches les 11,18,25 juillet

Mise en scène : Samuel Valensi

Avec : June Assal, Valérie Moinet, Michel Derville, Paul-Eloi Forget, Samuel Valensi, Lison Favard en alternance avec Emelyne Chirol

Frédéric est maire d’une petite commune rurale dans laquelle l’état veut installer des antennes-relais. Il est écologiste, agriculteur, jeune papa et très engagé dans les circuits-courts, le bio, etc… Comment remettre en centre de la vie démocratique chacun des citoyens à la place qu’on lui refuse ou dont le berce d’illusions de décision.

POINTS FORTS
Un texte magnifiquement écrit sur un sujet brûlant d’actualité
Une comédie moderne et sociétale qui réussit le tour de force de nous faire réfléchir tout en maintenant un rire intelligent
Une distribution parfaitement dirigée et riche de personnalités fortes.
Un rythme soutenu au découpage incisif comme des coups de scalpel sur le corps électoral. 

POINTS FAIBLES
C’est toute la force de ce spectacle de souligner et de réveiller nos consciences endormies sur nos points faibles démocratiques et citoyens. 

ENCORE UN MOT
Un spectacle plus que nécessaire qui souligne avec ironie les faiblesses et les abus de notre système de décision politique. En maniant le sarcasme et l’humour Samuel Valensi rend hommage aux élus de territoire bien impuissants face aux volontés d’un état qu’ils servent et qui ne les écoute pas. Une ode au monde agricole et ses combats pour la survie et ses engagements. Un cri d’alarme supplémentaire sur l’absurdité d’un système qui écrase plus qu’il n’écoute et concerte. Oui, c’est un théâtre engagé mais le tour de force, c’est l’intelligence de le replacer dans des situations où l’absurde le dispute au drame, le rire à la tragédie du réel. Un petit bijou a surtout ne pas manquer. Une mention spéciale à tous les interprètes criant de vérité dans une sincérité et une économie de jeu qui ravit le spectateur.

 

L’IMPROMPTU DE VERSAILLES – de Molière

Théâtre des Lucioles

Représentation unique (mais qui trouvera bientôt une suite)

Mise en scène d’Anthony Magnier

Avec : Elisa Benizio, Bérénice Coudy, Gwenhaël de Couvello, Marie Grach, Matthieu Hornus, Laurent Paolini, Antoine Richard, Ronan Rivière

Molière est attaqué de toute part par les auteurs parisiens jaloux de ses succès. Ceux-ci se sont regroupés pour écrire une pièce pamphlétaire sur lui. Il leur répond par une magnifique leçon de théâtre à l’usage des médiocres.

ENCORE UN MOT
A l’occasion du mois Molière plusieurs compagnies versaillaises se sont réunies sous la direction d’Anthony Magnier pour célébrer les 400 ans du patron. C’est avec enthousiasme que ces comédiens issus de plusieurs compagnies s’ébattent joyeusement sur un théâtre de tréteaux nu pour nous donner la quintessence de l’art de notre gloire nationale. On y rit à gorge déployée aux pastiches de jeu que Molière inflige à ses détracteurs. Une pièce rarement montée mais qui par le talent de tous ses interprètes nous parvient aujourd’hui merveilleusement. Souhaitons-leur une reprise méritée. La salle comble leur a réservé un triomphe bien mérité.

 

DON JUAN – de Molière

3 soleils – à 16H50 – relâches les 12,19,26 juillet

Mise en scène : Tigran Mekhitarian

Avec : Théo Askolovitch, Marie Mahé, Tigran Mekhitarian, Eric Nantchouang, Vincent Odetto

Don Juan est « un épouseur du genre humain » qui promet sa foi à toutes les belles qu’il rencontre au grand dam de son valet Sganarelle qui a la lourde charge de réparer ses dégâts et de subir le comportement libertin de son maitre. Quel est le but de ce débauché, libertaire, enfreindre les lois de Dieu et des hommes ou simplement de vivre libre.
Anarchiste, anti-conformiste, pourfendeur de la foi, Molière nous offre le portrait d’un révolté qui préfigure une révolution qui couve sous la cendre d’un despotisme d’état et de la religion.

POINTS FORTS
L’audace de la mise en scène et de l’adaptation
Une interprétation remarquable d’énergie et d’ancrage dans un jeu contemporain.

POINTS FAIBLES
Quelques clichés sur l’univers urbain dont on peut largement se passer et une improvisation langagière parfois illustrative et inutile. Le talent est là sans nécessité de charger. 

ENCORE UN MOT
C’est une adaptation culottée que nous propose Tigran Mekhitarian en portant cette pièce mythique aux portes de notre siècle. On improvise quelque peu avec le texte, on y rap et on l’immerge dans une culture très urbaine d’aujourd’hui. La grande force du spectacle, outre la très belle interprétation des comédiens c’est de nous restituer une langue extrêmement vivante malgré son style. Ça remue les oreilles des plus âgés , ça bouscule les codes mais c’est bien rafraîchissant. Ça éclaire la pièce aux yeux de plus jeunes spectateurs ravis de cette ré-appropriation. Une curiosité qui mérite qu’on s’y arrête.

 

MACHINE DE CIRQUE – par Machine de Cirque

La Scala – 20H50 – relâches les 11,18,25 juillet

Mise en scène : Vincent Dubé

Avec : Philippe Dupuis, Samuel Hollis, Guillaume Larouche, Thibault Macé, Laurent raricot, Olivier Forest

Dans un décor de bric et broc, des voltigeurs-acrobates vont évoluer sous nos yeux dans un univers déjanté accompagné d’un percussionniste frappadingue. Ils jouent de tout, planche coréenne, quilles, vélos et… serviettes de bain.

ENCORE UN MOT
Il y a tellement de points forts dans ce spectacle exceptionnel de virtuosité, de drôlerie que j’en oublie les rubriques précédentes pour vous encourager à vous précipiter à cette machine de cirque. Je n’ai que des superlatifs à vous offrir. Cette équipe masculine vous emporte dans des numéros de cirque mais également de jeu qui vous emmène de la nostalgie tendre à la folie la plus totale. Un régal !

 

MAUVAISE PETITE FILLE BLONDE – écrit et mis en scène par Pierre Notte

Théâtre Buffon – 18H – relâches, les 13 et 20 juillet

Avec : Antonio Interlandi 

Que se passe-t-il dans la tête de cette petite fille blonde qui par inadvertance renverse la soucoupe posée au sol d’une mendiante dans la rue et qui subit les foudres de ceux qui l’entourent ?  Elle ne l’a pourtant pas fait exprès… L’injustice la submerge et avec elle, va développer tout un discours qui la poussera par l’incompréhension qui l’entoure à faire germer en elle, la graine de la méchanceté et de la révolte.

POINT FORTS 
Un texte ciselé, percutant … le fil de la lame d’un rasoir n’est pas moins tranchant.
La performance et l’énergie d’Antonio Interlandi pour nous entraîner dans cette farce tragique.
L’intelligence du propos et sa forme (quasi bouffonne au bon sens théâtral du mot)

ENCORE UN MOT
On connaît l’écriture incisive de Pierre Notte, on connaît son goût de l’insolence et de provocation. Sa plume trempée aujourd’hui dans l’encre du transgressif en posant son regard d’adulte dans le corps d’une enfant pour réveiller en nous la part de cette non-bienveillance à l’égard d’autrui, d’une société qui juge et condamne si facilement et fabrique ses propres monstres à ses dépens.

Un texte d’une intelligence redoutable posée dans le corps d’un interprète au corps singulier et à la mélodie dangereuse.
Et si c’était nous qui créions notre propre monstre… Adultes , méfiez-vous