Juste un mot le billet de Pierre Bénard : Les S valseurs
L’S connaît une singulière mobilité dans le français tel qu’on l’écrit.
Il tend à disparaître comme marque du pluriel. Ou bien c’est le pluriel qui tend à s’estomper.
Un vaste calicot nous invite au mois de mai à la « CUEILLETTE DE FRAISE ».
Oui, « fraise » au singulier, comme dans « la ramener »…
Ainsi désigné (apparemment) au singulier, ce qui se compte, ce qui se recueille pièce par pièce évoque une substance, un tout non dénombrable.
On entre dans le ressort du partitif : « de la fraise ». « Il cultive de la fraise », « Il est dans la fraise ».
Pareil dans les supermarchés, où le rayon des confitures affiche « confiture », celui des fruits, « fruit », celui des livres, « livre ». La matière confiture, la matière fruit, la matière livre. Et la matière client ? Je ne parle du mot « entremets », sans l’S qui devrait être le sien au singulier comme au pluriel.
Mais, chassé de la fin des noms, comme celui qui, viré par la porte, rentre par la fenêtre, l’S s’invitera en revanche à la fin du futur, transformé en conditionnel.
Sur le même avis où j’apprends que l’on se précautionne contre le « trop grand nombre d’impayé (sic) », je lis « Je serais (sic) absent au mois de juillet ».
Dessin de Xavier Broxolle.