Juste un mot le billet d'humeur de Pierre Bénard : L’ « entreprise de l’alcool » ?
C’est une vieille histoire que celle du mot « emprise », employé abusivement au sens de « domination », « pouvoir », « ascendant », « empire ».
Notre Théophile Gautier a évoqué en 1846, dans Le Club des Hachichins, une « demeure » sur laquelle « le temps, qui passe si vite, ne paraissait pas avoir d’emprise ».
Il est à craindre que l’on ait peine, en l’an 2026, à chasser de l’usage ce néologisme fâcheux.
Il était déjà tard en 1932, quand cette bévue était réprouvée dans la huitième édition du dictionnaire de l’Académie. L’ « emprise » selon Gautier a conquis le langage.
Notons seulement pour mémoire que le vieux verbe « emprendre » avait le sens d’ « entreprendre ».
Rien donc à voir avec « ascendant », « pouvoir », « empire »… sinon, avec celui-ci, une ressemblance de syllabes. « Empire » et « prise » donnèrent « emprise » dans son acception nouvelle.
Contemporain de Gautier, Littré ne connaît dans « emprise » qu’un « ancien terme militaire » signifiant « entreprise chevaleresque ».
Beaucoup d’eau a passé sous le Pont des Arts depuis la Monarchie de Juillet.
Au reste, il est permis de dire « sous l’empire de l’alcool », « de la drogue », « de la colère », et de réjouir les mânes d’Alfred Rébelliau, secrétaire, en 1932, de la Commission du Dictionnaire.
Dessin de Xavier Broxolle.