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Juste un mot, le billet d'humeur de Pierre Bénard : la chute de tomber !

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Les plus vieux d’entre nous se rappellent une époque où prendre ou ramasser une bûche, un gadin, une gamelle, une pelle, c’était « tomber ». 

En Chine, en Syldavie, en Suisse, en Amérique, les deux Dupondt « tombaient ».

Depuis quelques années, on ne « tombe » plus, on « chute ». Au propre comme au figuré.

« Oh ! N’insultez jamais une femme qui tombe ! » Si l’on met encore sous les yeux des générations à venir (rêvons !) Les chants du crépuscule, il faudra éclairer d’une note le vers de Victor Hugo.

Il faudra d’ailleurs, en moyenne, une note par vers.

On craint ou l’on souhaite tous les mois que le gouvernement « chute ».

On se réjouit ou l’on tempête quand il n’a pas « chuté ».

Quand on « tombait » encore, « chuter », tenu pour familier, se disait plutôt du théâtre.

Une pièce nouvelle « chutait » ayant été « chutée ». 

Car « chuter », c’était aussi crier « chut ! », le contraire d’applaudir. On « chutait » un acteur ou l’on « chutait » un drame.

Rien à voir avec le mot « chute », si ce n’est que l’un allait avec l’autre.

On « chuterait » aujourd’hui qui oserait dire « tomber ». « Chut, ou parle comme tout le monde ! »

Dessin de Xavier Broxolle