Langue française

Juste un mot, le billet d'humeur de Pierre Bénard : La fin des haricots

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Je viens d’entendre coup sur coup, tombant de bouches autorisées, ô combien officielles et combien
prestigieuses !, le « geô » de « geôle » prononcé comme dans « géographie », puis cet emploi d’ « il
en va » au lieu d’ « il y va », faute désormais usuelle que je déplore en vain.
Occasion pour moi d’y revenir (à quelque chose malheur est bon).
Si vous voulez dire que de ceci ou de cela dépend je ne sais quoi, l’honneur d’un homme ou la
stabilité de l’Etat, c’est « il y va », non « il en va », que vous devez utiliser. « Il y va de ma gloire, il faut
que je me venge », dit Chimène dans Le Cid. Rien à voir avec « Il en va de même »…
Et si vous voulez évoquer, en style noble, les lieux de détention, c’est jôl qu’il vous faut prononcer.
Dans le doute, parlez de prisons. Ce sera moins emphatique et, en cas d’inadvertance, plus français.
Ces deux surprises m’ont rappelé celle d’entendre, par un personnage ministériel, aimable homme
au demeurant, venu évoquer rue du Mail la mémoire de Franz Liszt et des Erard, le nom de cette voie
traité comme le mot anglais qui désigne, au désespoir des puristes, le courrier électronique.
Ecolière de la rue de Pontoise, ma mère n’aurait pas fait ces fautes. Les entendant de la bouche de si
hauts personnages, avec sa gouaille parigote et nivernaise, elle eût conclu, je l’entends d’ici, que c’est
la fin des haricots.
Dessin de Xavier Broxolle.