Juste un mot, le billet d'humeur de Pierre Bénard : mentir sciemment
Il paraît que l’on ment copieusement, sans vergogne, parmi les personnes qui, chaque jour, nous promettent avec assurance la guérison de tous nos maux, la solution de nos problèmes, le règne de la justice, celui de l’abondance, le retour à l’ordre dans la liberté, le triomphe de la paix, la rupture de tous les jougs et la diffusion générale du bonheur.
On ment, dit-on, effrontément, avec la bouche en cœur et la main sur le même organe.
Nous savons bien qu’il n’en est rien. Ces personnes vertueuses et de bonne volonté, seulement, se trompent parfois dans leurs certitudes contagieuses et leur optimisme persuasif.
Nous ne suivrons pas ceux qui leur reprochent de mentir, et encore moins ceux qui leur font grief de « mentir sciemment ».
Un mensonge étant l’affirmation consciente du faux, « mentir sciemment » revient à dire « dire ce que l’on sait faux en sachant que c’est faux ».
« Mentir sciemment », impliquant la possibilité de « mentir inconsciemment », n’est possible, je veux dire ne cesse d’être pléonasme, que si l’on parle du mythomane.
Un mythomane, dit-on, finit par croire à ses mensonges. Il ment alors inconsciemment.
Si, par extraordinaire, il nous jette en le sachant de la poudre aux yeux, il ment sciemment.
Dessin de Xavier Broxolle.