Juste un mot, le billet d'humeur de Pierre Bénard : muni d'un couteau
« L’agresseur », avons-nous lu, relu et re-relu, était « muni d’un couteau ».
En bon français, il en était « armé ».
« Se munir », c’est s’équiper en vue d’une urgence, d’un danger, d’un besoin. C’est se pourvoir pour les cas de surprise. C’est se préparer à se défendre, si la nécessité s’en présente.
La France des années trente du siècle dernier s’est « munie » (non sans défauts dans la cuirasse, ou, pour le dire à la mode d’aujourd’hui, sans « trous dans la raquette »), la France, dis-je, s’est « munie » d’un système fortifié, la ligne Maginot.
Les Allemands qui au même moment, de l’autre côté du Rhin, fabriquaient blindés et avions de bombardement, ne s’en « munissaient » pas. Ou s’en « munir », du moins, n’était pas leur première préoccupation, puisqu’ils se disposaient à une guerre d’agression.
On se « munit » pour se défendre.
Celui qui sort avec un couteau dans une poche et dans l’esprit le projet de tuer, celui-là ne se « munit » pas.
Ils se « munissent », en revanche, ceux qui, par une précaution que la loi interdit…
Dessin de Xavier Broxolle