Juste un mot, le billet d'humeur de Pierre Bénard : Oserai-je pointer « cibler » ?
Mais quelle mouche les piqua, tous, du jour au lendemain, de ne plus jamais dire « viser » ni « prendre pour cible », mais d’employer toujours« cibler », qui se cantonnait jusque-là au jargon des équipes dites de « force de vente » ?
On « ciblait » telle clientèle à laquelle tel produit était destiné.
On « cible », désormais, tout ce que l’on « visait ».
Et d’abord, ceux que l’on bombarde, ceux que l’on « frappait » et qu’à présent l’on « tape ».
C’est comme « pointer » au sens de « signaler ».
« En fait, c’est vrai que je voudrais, très concrètement, pointer, comment dire ? un dysfonctionnement »…
Pourtant, on avait le choix ! Outre « signaler », on disposait de « marquer », « indiquer », « relever », « désigner », « montrer du doigt », « mettre en cause »…
Je laisse délibérément « clouer au pilori ». Je vous épargne aussi « vouer aux gémonies ».
On voit nettement ici le rôle de l’anglais : cet usage de « pointer » sort de « to point out ».
Mais qui s’inquiète du franglais ?
Un Etiemble, aujourd’hui, serait impitoyablement « pointé » et « ciblé » comme « déconnecté ».
Dessin de Xavier Broxolle.