Langue française

Juste un mot, le billet d’humeur de Pierre Bénard : Révérence parler

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Une nouvelle mode sévit dans le papotage public : demander pardon pour des expressions qui n’ont rien, mais rien de choquant, dans le style « excusez-moi de vous demander pardon ».

Fleurissent à tout propos et tombent à tout bout de champ comme cheveux sur la soupe les « passez-moi le mot », « si vous me permettez cette formule un peu crue » et autres minauderies. 

Sans autre fonction, à tout prendre, que de donner du locuteur l’image d’une personne distinguée.

Et peut-être aussi de meubler. Toute syllabe y est bonne.

« On assiste à une tentative, si j’osais employer une locution triviale, de tordre le bras à »…

Avec la plus extrême délicatesse du monde, je ne vois aucune raison de faire amende honorable pour une métaphore aussi décente. A moins que l’obscénité ne m’en échappe.

Je m’attends, un prochain matin, à entendre pour n’importe quoi le « révérence parler » des valets de Molière, qui croyaient bien faire et bien dire en employant cette précaution.

Au moins en usaient-ils à bon escient : à propos, par exemple, d’un « haut-de-chausse tout troué par derrière », si bien que, « révérence parler »…

Paradoxe ! Nos actuels faiseurs d’embarras, nos confus et nos pudibonds sont quelquefois les mêmes qui, roidement, avec un bel aplomb et sans faire de chichis, lâchent des gros mots indiscutables. 

Dessin de Xavier Broxolle.