1776 - L'année américaine
Parution en mars 2026
616 pages
24,9 €
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Thème
1776, l'année américaine raconte les mois décisifs qui conduisent à la Déclaration d'indépendance des 13 colonies britanniques des Amériques. Il s'ouvre sur le début de carrière de Benjamin Franklin, et la fameuse Boston Tea Party, où des colons, furieux contre les taxes imposées par le parlement du Royaume, jettent dans le port de Boston plus de 300 caisses de thé de la compagnie des Indes britanniques. Dans un récit extrêmement précis, qui adopte une perspective transatlantique reliant Philadelphie, Londres et Versailles, Bertrand Van Ruymbeke nous fait découvrir le jeu des partisans et opposants de l'indépendance. Au sein des colonies, à Londres et Paris, ils vont s'affronter dans un jeu pas toujours diplomatique jusqu'au 4 juillet 1776, jour de la déclaration d'indépendance, jour de la naissance d'une nation.
Points forts
La naissance de la nation américaine n'a pas été un long fleuve tranquille, un mouvement d'histoire linéaire. Selon un découpage chronologique méticuleux, avec la multiplication des sources, des autobiographies, des lettres entre partisans, opposants, diplomates et autres "pions et espions", leur recoupement par-delà le temps court des années de 1773 à 1776, l'histoire s'éclaire et apparaît dans sa complexité.
Bien que découpé en chapitres assez courts, ce livre doit se lire avec une attention soutenue. Il faut souligner l'intérêt de l'analyse fine des acteurs de l'indépendance américaine : Benjamin Franklin (qui fait l'ouverture et la fin du livre), les Jefferson, Adams et Washington "insurgents ou patriots", le roi Georges III et le Parlement britannique, et en France, Charles Gravier de Vergennes, ministre des affaires étrangères de Louis XVI qui sut convaincre le roi d'utiliser la volonté d'indépendance des colonies britanniques d'Amérique pour affaiblir… l'Angleterre.
Quelques réserves
548 pages d'exégèse de mémoires, de rapports confidentiels, d'extraits de presse, de biographies, de comptes rendus d'audiences et de lettres et 68 pages de références bibliographiques et d'index … cela compose une somme impressionnante d'informations sur ces années de "révolte" et plus encore sur l'année 1776 !
Encore un mot...
En cette année de célébration, le 4 juillet 2026, des 250 ans de la déclaration d'indépendance des "Etats Unis", l'étude de Bertrand Van Ruymbeke s'affirme comme un nouvel ouvrage de référence, une contribution très érudite à la compréhension de l'émergence d'une nation, colonies progressivement unies contre l'autorité royale britannique, et un peu soutenues par une diplomatie discrète mais efficace du royaume de France. Voilà pour la valeur ajoutée culturelle d'un essai qui s'attache à comprendre et décrire les liens de tous les acteurs, et, avec cette réserve, de ne sembler en oublier aucun. De ce fait, sa lecture me semble réservée à un public averti et passionné, qui, la dernière page tournée, se dira avoir plongé avec des yeux d'experts, dans ces quelques années américaines qui, au seuil du 4 juillet 1776, auront changé l'avenir du monde !
Une phrase
"Dans ce délicat exercice de politique-fiction, Vergennes [Charles Gravier de Vergennes] fait preuve d'une grande clairvoyance. Certes, sa décision est prise : il est en faveur d'une intervention de la France.
Il voit dans la crise anglo-américaine l'occasion d'isoler et d'affaiblir la Grande-Bretagne, tout comme - illusoirement - de récupérer le commerce qu'elle entretient avec les Treize Colonies. Il surestime les forces de George Washington mais tous le feront en France jusqu'au jour où assez d'observateurs et de militaires français seront envoyés en Amérique et transmettront des informations fiables. En revanche, Vergennes a raison de croire à la détermination des colons américains, qui, quoi qu'il leur en coûte, ne renonceront jamais à leur indépendance s'ils en prennent la décision.
Le ministre, comme Beaumarchais, se trompe cependant sur l'intention anglaise de conquêtes nord-américaines ou antillaises aux dépens de la France ou de l'Espagne, qui n'est pas du tout à l'ordre du jour à Londres. Cette crainte est partagée par l'Espagne. Elle provient du fait que toutes ces colonies européennes aux Amériques sont mal défendues, l'éloignement océanique de l'Europe constituant leur principale défense." P 153
"Muni de lettres d'introduction de Benjamin Franklin, Silas Deane doit se mettre en contact avec Jean-Baptiste Le Roy, un membre de l'Académie des sciences avec qui Franklin correspond depuis 1768, et Jacques Barbeu-Dubourg, décrit comme « prudent, loyal, discret, et intelligent en affaires».
Ce dernier, à l'image de Franklin, est un savant touche-à-tout, à la fois médecin, botaniste, électricien, historien et traducteur. Déjà tout acquis à la cause américaine, il se dit considéré en France comme « le Don Quichotte de l'Amérique anglaise ». Ami de Franklin, dont il publie les travaux en français en 1773, Barbeu-Dubourg, dans sa préface, fait l'éloge de ces colonies américaines qui « ne sont plus cette terre sauvage et presque déserte, dont on serait tenté de dire que les habitants les plus distingués, tant par leur nombre que par leur industrie, étaient des castors ».
Inspiré par les travaux de Franklin, il prévoit que l'Amérique sera « beaucoup plus peuplée que l'Europe [d'ici] guère plus d'un siècle ».
- Barbeu Dubourg - et pourtant nous ne sommes qu'en 1769 - écrit sur les Treize Colonies «qu'on les soupçonne d'aspirer à l'indépendance». P 266
L'auteur
Bertrand Van Ruymbeke est l'un des principaux historiens français de l'Amérique coloniale et de la naissance des États-Unis. Il est professeur de civilisation et d'histoire américaines à l'Université Paris 8 et membre senior de l'Institut universitaire de France. Ses recherches portent principalement sur l'Amérique avant l'indépendance, la Révolution américaine et les relations transatlantiques entre l'Europe et l'Amérique du Nord.
L'Amérique avant les États-Unis (Flammarion, 2013) est souvent considéré comme son ouvrage majeur.
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