La Légende
Parution en juin 2026
246 pages
22 €
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Thème
Il est bien sûr question de cette arrestation improbable, politique et arbitraire, largement médiatisée des deux côtés de la Méditerranée, celle de Boualem Sansal, célèbre auteur franco-algérien considéré comme un conspirateur par le gouvernement de son pays d’origine.
A son arrivée à Alger, au pied de la passerelle, ceinturé par quatre malabars, il est embarqué sans ménagement à Koléa, la prison d’Etat, et jeté au « gnouf », sans plus d’explications. Il avait toujours refusé d’y croire quand ses amis le craignaient pour lui, encore l’un d’eux, la veille à Paris, en l’implorant de renoncer au voyage ! Le procès suivra, sans instruction, sans avocat, sans débat. Expéditif comme celui de toute justice politique, pour une décision courue d’avance, a fortiori quand on parle d’espionnage et d’intelligence avec l’ennemi dans un pays qui craint pour sa réputation…
A quoi doit-il s’attendre ? A la perpétuité sans doute, voire à la mort, ordonnée ou simplement espérée quand on sait qu’il est malade, qu’il a besoin de traitements, qu’il ne fera pas long feu au fond d’une geôle ? « Cinq ans » passeront finalement pour une décision clémente, au terme d’une parodie de procès menée par une Justice aux ordres.
Voilà donc pour l’essentiel, le reste participant de l’accessoire, ainsi la détention en tant que telle, ce drôle d’état qui prive de la liberté la plus élémentaire, celle de penser, quand la vie du détenu se réduit à une succession de figures imposées par le « règlement » qui occupe tout le volume des cerveaux des deux camps, ceux des prisonniers comme ceux des matons ; et aussi l’attente, celle de la visite au parloir, de la lettre, de l’information colportée par le gardien bien intentionné, par les détenus eux-mêmes qui relaient tous et toutes une mobilisation internationale.
Et pour finir, un peu tout à la fois, la libération providentielle due à quelques mouvements d’opinion français, à la pugnacité d’un certain Bruno Retailleau, ministre de l’Intérieur de l’époque, à l’entremise décisive du Président allemand, Frank-Walter Steinmeier, et à celle de ses diplomates jugés bien plus efficaces ceux du Quai. Avec en épilogue, la cabale médiatique à la française, délétère à souhait, celle des faux-amis qui s’interrogent sur la légitimité de la critique d’un régime usé et corrompu, sur le sens sous-jacent de la démarche de l’auteur, simple témoin ou militant subliminal d’une cause colonialiste, anti-islamique et pourquoi pas sioniste, au bout du compte… quand on apprend que Boualem a planté Gallimard pour Grasset et que derrière Grasset, plane l’ombre portée de Vincent Bolloré, le milliardaire proscrit.
Points forts
Les passages qui traitent de la détention arbitraire en particulier et de la détention en général, pour leur aspect romanesque, de cette privation de liberté fondamentale qui procède du silence qui vaut toutes les tortures. On peut accepter d’être jugé pour n’avoir rien fait, accepté d’être injustement condamné mais pas de subir la loi de la détention anonyme.
Dans la même veine, la dénonciation, bien articulée, du fait du prince.
Quelques réserves
Le style, plutôt éloigné de celui qu’on connaît chez l’auteur, de celui du Village de l’Allemand, un style en l’espèce un peu lourd, alambiqué et confus.
Encore un mot...
Ce récit vaut pour ce qu’il dit, dans le fond, d’un régime agonisant qui cherche son souffle dans la condamnation de ses détracteurs, en l’espèce l’un des siens. Mais l’auteur se noie dans une espèce de confusion des genres, entre pamphlet politique et recherche littéraire et romanesque, associant sa condamnation arbitraire à Alger à sa proscription sociale à Paris, ce qui peut se concevoir pour défendre l’idée que la prison existe aussi « hors les murs »,
celle du prisonnier rendu à l’air libre, mais rend la lecture et la compréhension un peu indigeste, jusqu’au titre La Légende dont l’explicitation ajoute à la confusion. Le talent de Boualem Sansal n’est pas en cause, la légitimité de son discours non plus, mais prisonnier de son genre et de son style, il a navigué dans cet ouvrage au fil de l’eau, en confondant un peu le récit et le roman.
Une phrase
« La Légende est encore là, à terre, mais avec les détenus et ceux qui se battent pour moi dans le monde, nous réussirons à la relever, à la relancer dans la bataille de la liberté et de l’honneur ». P 103
L'auteur
Boualem Sansal, écrivain algérien naturalisé français, né en 1944 en Algérie, est issu d’une famille d’origine marocaine, venant du Rif. Ingénieur de formation, économiste, il est respectivement entrepreneur puis haut-fonctionnaire, avant d’entrer en littérature, une littérature dite « de combat ». Son éveil à la politique et ses craintes face à la montée de l’islamisme l’encouragent en effet à prendre la plume. Il dénonce ainsi pêle-mêle le chaos de l’Indépendance, la corruption du régime de Boumediene, la montée de l’islamisme, la compromission des élites. Son roman Le Village de l'Allemand, publié en janvier 2008, établit un parallèle entre l’islamisme et le nazisme. Lauréat du grand prix du roman de l'Académie française en 2015 pour son roman 2084 : la fin du monde, il siège à l’Académie Française depuis janvier 2026. Sa notoriété va évidemment s'accroître par son arrestation en novembre 2024, guidée par ses prises de position sur la possession du Sahara Occidental, qui lui vaudront une détention d’un an après que le Président Tebboune lui ait accordé sa grâce, autorisant son retour en France sur fond de polémique avec son éditeur Gallimard.
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