Mon refuge et mon orage
Traductrice Irène Margit
Parution le 12 février 2026
399 pages
24,00 €
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Thème
D’une facture différente de ses précédents ouvrages, certains mondialement connus, mais avec le même talent d’écriture, Arundhati Roy nous livre une riche autobiographie dans le cadre plus large d’une épopée familiale hors norme au sein d’un pays continent, l’Inde, qui ne l’est pas moins.
Ce livre est construit autour de la figure charismatique, ambivalente, de la mère de l’auteur et du dilemme permanent qui a existé entre elles, repris dans le titre de la version française. Mais Arundhati Roy brosse, aussi, à travers les pages, le portrait précis des nombreux autres êtres qui ont compté dans sa vie ainsi que celui d’une Inde complexe, dans et pour laquelle elle agit, à son modeste niveau, au sein d’une population de près d’un milliard et demi d’êtres humains.
Points forts
- Une foisonnante et courageuse peinture, une analyse au scalpel de la vie familiale. Elle révèle l’évolution des relations interindividuelles, des milliers de petits bonheurs simples et inoubliables comme des blessures quotidiennes, parfois répétées et inguérissables, qui construisent la vie de chaque être humain. Le livre suggère aussi, une intéressante réflexion sur ce que nous laisserons réellement d’important en partage à nos proches et au-delà, après notre bref passage.
- Une analyse lucide de l’autre important dilemme dans la vie de l’auteur : comment vivre une célébrité mondiale soudaine, une rapide et fulgurante ascension sociale dans un pays aux inégalités très fortes contre lesquelles elle continue de lutter ? Quels risques prendre et comment ne pas renier ses valeurs humanistes et ses engagements alors qu’un nationalisme brutal va en s’exhacerbant ?
- D’intéressantes clés pour appréhender, de l’intérieur, quelques éléments de cette Inde étonnante, son kaléidoscope religieux, ses conflits internes violents, Cachemire, Naxalites… ses défis, l’évolution des droits et de la place des femmes, les castes, les risques environnementaux.
Le lecteur passe et repasse ainsi, sans heurts, au fil des pages, de l’observation de complexes relations filiales et familiales disséquées sous un microscope, à celle de moments de la vie d’un peuple observé à la longue vue. Il comprend d’où vient cette combativité et suit le chemin de vie d’une femme de notre époque qui vit de l’autre côté de la planète mais qui nous est proche sur bien des points.
Quelques réserves
Aucune réserve pour ce récit au ton léger, limpide, imagé, empreint d’un humour courageux.
Encore un mot...
« Quel roman que sa vie », aurait dit Napoléon.
De nombreux éléments autobiographiques étaient déjà présents en filigrane dans les précédents romans Arundhati Roy et ont certainement contribué à leur fulgurant succès.
La longue et riche histoire de la civilisation indienne, de sa culture, et l’immensité du sous- continent expliquent la diversité énigmatique de sa population. De tels ouvrages permettent d’appréhender les trames, les forces et les immenses défis actuels de ce grand peuple qui a une devise d’espérance : « Satyameva jayate, seule la vérité triomphe ».
Une phrase
« Chaque fois que j’allais à Kottayam, je tenais à me rendre à Ayemenem. J’avais besoin de dire bonjour aux poissons de la Meenachil et aux arbres de ses rives. Ce qui me ramenait là, c’était moins la nostalgie que le désir d’exorciser quelques-uns de mes vieux fantômes en les regardant dans les yeux et d’en retrouver d’autres pour leur raconter ma grandiose fugue. Mais c’était impossible, je l’ai compris. Soit, comme moi, on héberge tous ses fantômes, soit on les déloge tous, comme mon frère. Avec les fantômes, le marchandage est hors de question.» P. 330
« J’aurais voulu la serrer dans mes bras et la rassurer, lui dire que les choses allaient s’arranger. Mais allez donc étreindre un porc-épic. Même au téléphone.» P. 377
L'auteur
Arundhati Roy, née en 1961, est une écrivaine militante indienne engagée dans la protection de l’environnement et des droits humains. Architecte de formation, puis scénariste et actrice, elle est mondialement connue depuis la publication de son roman Le Dieu des Petits Riens, pour lequel elle a reçu le prix Booker en 1997. Elle a publié depuis d’autres romans - dont Le Ministère du Bonheur suprême (Alfred A.Knopf, 2017) - et de très nombreux articles et essais.
Issue du milieu chrétien de rite syriaque malayalee par sa mère et d’un père bengali hindou, elle écrit en langue anglaise et ses principaux ouvrages sont rapidement publiés dans de nombreuses langues, dont le français. Très appréciée aux Etats Unis, elle bénéficie aussi d’une très grande popularité dans les pays francophones.
Iréne Margit est la traductrice en français de plusieurs ouvrages d’Arundhati Roy.
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