Occidents - Enquête sur nos ennemis

La guerre mondiale des idées: défaire l’Europe et détruire l’Occident
De
Frédéric Martel
Plon
Parution le 9 avril 2026
624 pages
26 €
Notre recommandation
5/5

Infos & réservation

Thème

L’Occident, conçu comme la somme des valeurs que partagent les sociétés occidentales, est aujourd’hui en butte à des critiques radicales, voire à la haine de pans entiers de l’Humanité, du Proche-Orient à l’Amérique Latine. C’est l’ensemble du système occidental qui semble rejeté par ces pays, sa démocratie libérale, son capitalisme. L’Occident serait accusé de vouloir imposer ses principes, ses modes de fonctionnement, ses valeurs à des pays, à des peuples qui y seraient radicalement opposés. Frédéric Martel a enquêté plusieurs années, selon sa technique habituelle, pour comprendre les raisons, la nature, les modes d’expression de ce rejet et en découvrir  le sens.

Son copieux ouvrage est sous-titré: Enquête sur nos ennemis, Russie, Chine, islamisme, Amérique de Trump… 

Points forts

C’est à un passionnant kaléidoscope du monde que nous convie Frédéric Martel, car les ennemis de l’Occident sont aussi nombreux que divers. 

L’auteur ne part pas d’idées préconçues. Il cherche, à travers de nombreuses rencontres, à comprendre si ces ennemis ont une aversion justifiée à l’égard des valeurs occidentales, ou bien sont manipulés par leurs régimes politiques qui n’auraient pas de système idéologique de substitution et n’utiliserait cette haine de l’Occident que pour maintenir un régime oppressif et dictatorial. 

A contrario, l’humanisme défendu et pratiqué par les pays occidentaux, Habeas corpus, liberté d’expression, respect de la personne, État de droit…n’est-il que le masque de l’impérialisme des pays riches, leur instrument de domination sur le reste du monde?

Pour répondre à ces questions, Frédéric Martel n’hésite pas à remonter dans le temps, analysant, par exemple, la conférence de Bandung qui en 1955 réunissait les pays “non alignés“, de l’Inde de Nehru, l’Indonésie de Soekarno, à la Chine de Mao. En fait de non-alignement, documents et témoignages à l’appui, l’auteur démontre que l’ensemble du processus a été monté et manipulé par la Chine grâce à l’extrême habileté de Zhou En Lai. La Chine et le monde communiste n’ont cessé d’en recueillir ultérieurement les fruits en attirant dans leur camp les pays émergents.

La figure de Che Guevara, icône - au sens propre, grâce à Capra! - de la gauche marxiste, ne sort pas indemne des analyses de l’auteur. Ce personnage brouillon et sanguinaire a été l’un des facteurs de la conversion marxiste de Cuba et des Castro qui, du Venezuela de Maduro au Nicaragua de Daniel Ortega, a plongé l’Amérique Latine dans la misère et le sous-développement. De Cuba, Martel montre toute la perversité d’un système qui proclame des succès inexistants (la médecine), opprime et affame sa population et offre à ses dirigeants une vie dorée dans un paradis secret et inaccessible.

Le tour du Monde de Frédéric Martel conduit le lecteur en Algérie, en Palestine, à Hong Kong… et bien sûr en Russie et en Chine. 

Il traite aussi de la haine des valeurs de l’Occident qui émane des régimes et organisations populistes dans le monde occidental. Son enquête balaye les mouvements illibéraux, s’attarde sur Steve Banon, Trump ou Milei…  

Enfin, Il n’hésite pas à stigmatiser certains organes de presse occidentaux, comme le Monde Diplomatique, parangon de la mauvaise foi et de la désinformation. 

Il ressort de tout ceci que les valeurs occidentales sont en réalité revendiquées par ces peuples soumis au joug des dictatures; elles ont à l’évidence le caractère universel qu’elles clament; il n’existe pas de système de substitution qui recueillerait une adhésion enthousiaste.

Quelques réserves

Quelques développements sont parfois un peu longs et, reprenant des critiques ou des idées assez répandues, mériteraient d’être abrégés. Enfin sa distinction entre Occident+ et Occident-, ne semble pas la plus pertinente pour rendre compte d’une réalité autrement plus complexe.

Encore un mot...

Une analyse factuelle, approfondie, assise sur des bases documentaires solides et des témoignages remarquables, qui fait litière des sempiternelles critiques sur “les Occidents".

Une phrase

« Je dois en partie l’idée de ce livre à Edward Said. En lisant ses ouvrages et en rencontrant si longuement, et en grand nombre, les ennemis contemporains de l’Occident, j’ai découvert tant de préjugés et de stéréotypes, tant de lieux communs, de représentations biaisées déformées, de constructions idéologiques confinant au fantasme ou au mirage, que j’ai eu l’idée d’écrire mon propre « Occidentalisme ». Ces chimères, ces caricatures m’ont donné l’idée d’aller sur le terrain pour entendre les discours du Hamas et du Hezbollah, ceux des officiels chinois, des propagandistes de Poutine, des castristes et de tant d’autres « occidentalistes » pour les étudier et mesurer l’écart entre leurs propos et les réalités occidentales. » P. 425

L'auteur

Frédéric Martel est un journaliste, sociologue, spécialiste des relations internationales, homosexuel militant, qui s’est fait une spécialité de ces enquêtes qu’il mène sur plusieurs années pour éclairer un sujet d’intérêt. Il a atteint une célébrité quasi planétaire en publiant un ouvrage sur le Vatican, Sodoma (Robert Laffont, 2019) dans lequel il affirme que 50 à 80% des clercs y résidant seraient homosexuels. Politiquement, son inspiration et ses racines seraient plutôt à gauche. Il a travaillé dans plusieurs cabinets socialistes de Rocard à  Martine Aubry.

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