Expositions

PasséPrésent - Sarah Moon

Une belle opportunité de découvrir l’oeuvre de Sarah Moon : une femme-photographe...de l’autre côté du miroir !

Infos & réservation

Musée d’Art Moderne de Paris
11 Avenue du Président Wilson
75116 Paris
Tél. : 01 53 67 40 00
http://www.mam.paris.fr
Jusqu’au 10 janvier 2021

Lu / Vu par

Laurence Gueret Plard
Publié le 08 oct . 2020

Recommandation

3,0ExcellentExcellent

Thème

  • L’œuvre photographique de Sarah Moon

Les images de Sarah Moon ont été révélées au public par les photographies publicitaires de la marque Cacharel à partir des années 60. Très caractéristiques, les jeunes filles apparaissaient un peu floues, avec des yeux cernés de khôl, un peu tristes, dans des décors irréels et abstraits. Plus que des vêtements, les images de Sarah Moon révélaient la féminité et la fragilité de ses modèles dans des attitudes bien différentes des codes publicitaires de cette époque traditionnellement imposés par photographes de mode la plupart du temps masculin. Avec Eva Sarah Moon photographe, la féminité s’exprime par des figures évanescentes où l’émotion et la sensibilité prennent le premier plan.

On a souvent qualifié les photographies de Sarah Moon d’achroniques, hors du temps. Représentant essentiellement des jeunes filles, elles ne donnent dans leur contenu que peu d’indices qui nous permettraient de les dater, et l’on est parfois pris en défaut sur la distance temporelle qui nous en sépare. En effet, la technique à partir de laquelle elle a principalement travaillé, le Polaroïd, rend sensible à l’œil la dimension périssable de la surface : « J’aime que la photographie soit vulnérable. II est vrai que les traces qui sont sur le Polaroïd sont déjà des marques du temps et de la décomposition. J’aime que l’image soit si fugitive qu’elle ne soit que la dernière seconde du temps que je passe à la faire. »  (Sarah Moon)

  • L’exposition

Le Musée d’Art Moderne de Paris présente l’exposition PasséPrésent autour de l’œuvre de Sarah Moon. Reconnue comme une grande photographe de mode, active en France et à l’étranger depuis la fin des années 60, ses réalisations débordent pourtant ce seul domaine, et l’exposition souhaite faire découvrir la singularité de son travail, tant photographique que cinématographique, oscillant entre reflets et transparence, mirages et obscurité.

Les sujets de ces clichés - animaux, plantes, personnages, statuaires, n’échappent pas à la volonté de l'artiste, qui imprime sa vision photographique dans chacune de ses œuvres. Quelques soient les thèmes abordés, le spectateur est frappé par l’aspect intemporel des images. Le recours au procédé argentique pour le noir et blanc et au polaroid pour la couleur permet à l’artiste de prendre en compte sans les corriger, des incidents, des défauts qui offrent, selon le hasard, une richesse picturale à chacune des images. Pleinement assumé par Sarah Moon, le procédé apparait ici comme la signature d’un style et d’une attitude qui lui sont propres. C’est là sa force. Mais la photographe va plus loin en s’autorisant des confrontations avec les grandes figures de la peinture française comme Bonnard. Avec le portrait en pied de Marthe B (1997) ou celui de La femme à la baignoire, Sarah Moon s’inscrit dans la tradition de la peinture française et nous en fait la démonstration dans la rigueur de ses compositions et dans ses recherches sur le motif.   

À rebours de tout déroulé chronologique, Sarah Moon a souhaité croiser pour cette exposition les époques, les typologies, les sujets, afin de montrer leurs porosités.

Le parcours s’articule autour d’un choix de plusieurs films, pour la plupart des adaptations de contes populaires, qui forment un fil narratif à partir duquel le visiteur est invité à évoluer.

  • Circuss (2002)
  • Le Fil rouge (2005),
  • Le chaperon noir (2010)
  • L’Effraie (2004)
  • Où va le blanc ? (2013)

Chaque film fonctionne comme une escale autour de laquelle les images s’organisent dans les salles et s’animent.

L’exposition est complétée par une dernière salle, dédiée à Robert Delpire (1926-2017), qui partagea la vie de Sarah Moon durant quarante-huit ans. Elle présente des photographies, des affiches, des livres, des films, qui restituent les activités plurielles de cette photographe emblématique de l’histoire de la photographie française et de Robert Delpire, l’un de ses plus importants éditeurs, mais aussi fondateur du Centre National de la Photographie qu’il a dirigé de 1983 à 1996.

Points forts

* Une exposition qui dévoile les recherches poétiques d’une femme photographe française connue surtout pour ses images de mode

* Un parti pris qui révèle la photographie comme une technique picturale au même titre que la peinture

* Une nouvelle vision de la féminité vue et exprimée par une femme.

Points faibles

L’exposition dévoile un vrai parti-pris dans la sélection des œuvres qui sont montrées. Compte tenu de la rareté des expositions consacrées à Sarah Moon, une sélection plus large de son œuvre aurait peut-être mieux documenté le spectateur sur l’étendue et la diversité de sa démarche photographique.

En deux mots ...

Une belle opportunité de découvrir l’œuvre singulière d’une femme-photographe française connue surtout, pour ses images de mode réalisées à partir des années 60. L’exposition nous montre une œuvre rare, intimiste, picturale … qui consacre définitivement la photographie au rang d’œuvre d’art.

Un extrait

Citations de Sarah Moon :

  • “C’est à la fois pour m’approcher et m’échapper de la réalité qu’instinctivement, j’ai regardé à travers l’objectif d’un appareil photographique… “
  • “ J’invente une histoire qui n’existe pas, je crée un lieu et j’en efface un autre, je déplace la lumière, je déréalise et j’essaie…”
  • “ J’espère le hasard et je souhaite plus que tout être touchée en même temps que je vise… “

L'auteur

Née en 1941, Marielle Warin est contrainte de quitter la France occupée et de s’installer en Angleterre sous le nom de Sarah Moon. Elle y exerce la profession de mannequin entre 1960 et 66 et se tourne vers la photographie de mode dans les années 70. Les campagnes publicitaires pour Cacharel et sous la direction de Corinne Sarrut la font connaître du public français. Jusqu’en 1990, elle contribue ainsi à développer l’image de la marque et à diffuser ses images dans les magazines comme Vogue, Marie-Claire ou Harper’s Bazaar…En 1983. l’exposition au Center of Photography à New York consacre ses images au rang international. En 1985, elle engage alors un travail personnel, hors de ses commandes pour la mode inspiré le plus souvent des contes d’Andersen comme La petite fille aux allumettes. En 2003, Les Rencontres de la Photographie à Arles lui consacrent une première exposition biographique au Centre National de la Photographie à Paris suivie d’une autre exposition au Royal College of Arts à Londres.

Les éditions Delpire publieront en 2008 un ouvrage monographique, 1 2 3 4 5.

En 2017, une nouvelle exposition de ses œuvres personnelles, From a Season to Another est organisée au Multimedia Art Museum de Moscou organisée par Olga Sviblova.

Aujourd’hui encore, Sarah Moon se consacre exclusivement à une production photographique et poursuit ses recherches sur un mode intime, poétique, personnel.

Ajouter un commentaire

Plain text

  • Aucune balise HTML autorisée.
  • Les adresses de pages web et de courriels sont transformées en liens automatiquement.
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.