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Lacan, l’antiphilosophie 3 (1994-1995)

De Alain Badiou

Editions Fayard

Lu / Vu par

Arnaud Joly
Publié le 31 jan . 2014

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Thème

Il s’agit de la transcription orale du séminaire qu’Alain Badiou a tenu en 1994/1995 à l’école Normale Supérieure, dans un cycle consacré à quatre antiphilosophes (Nietzsche, Wittgenstein, Lacan et SaintPaul).

C’est le Lacan dernière manière qui est étudié, celui qui privilégie donc le réel sur le symbolique (Réel/Symbolique/Imaginaire et non plus S/R/I); à partir des textes établis par J-A Miller car A. Badiou n’a pratiquement pas assisté aux séminaires de Lacan.

Au risque de la caricature, on résumera ainsi ce qu’il dit du Lacanisme 2nde période :

- Comme dans toutes les antiphilosophies, le sens (signe/signifiant Symbolique/signification Imaginaire) l’emporte sur la vérité (Identité de la pensée et du réel).

- La réalité est ce qu’on peut connaître (dans l’imaginaire). Le Réel n’est ni connaissable, ni inconnaissable, mais seulement démontrable comme une évidence en fin d’acte analytique. Le réel est en partie définissable à partir de l’absence de sens.  Par exemple, l’ab-sens désigne le sexe tel qu’au non-rapport sexuel (« il n’y a pas de rapport sexuel » dixit Lacan). D’où le mot-valise ab-sexe qui a pour sens un ab-sens qui n’est pas un non-sens.

- Il n’y a pas de vérité du réel, il n’y a pas de savoir du réel et il n’y a pas de savoir de la vérité.

-  La mathématique est la seule science possible du réel, d’où l’objectif de conclure la cure analytique par un mathème, après une juste symbolisation de la situation de l’analysant.

- La philosophie est « bouchée aux mathématiques» et manque le réel par amour de la vérité, par refus de connaître la jouissance, par prétention de l’Un avec le discours du Maître, par forçage de l’ab-sens au sens et, enfin, parce que le lieu de la pensée est caché.

- L’analyste, qui désire le mathème, doit gérer, pendant l’acte analytique, son impatience de la formalisation pour accéder au Réel et la patience qu’impose le dosage de l’anxiété de l’analysant.

On peut résumer l’antiphilosophie de Lacan par: 

« La vérité peut ne pas convaincre, le savoir passe en acte (analytique)».

« L’acte analytique vise à élever l’impuissance (de l’analysant) à l’impossibilité logique » (ce qui va lui permettre de se délivrer du réel qui le fait souffrir).

Points forts

Alain Badiou est très didactique et décrypte Lacan, ce qui n’est pas simple. Il reprend plusieurs fois ses arguments sous différents angles, ce qui permet de suivre sa pensée et d’aborder Lacan par ses principes.

En cette période où la philosophie permet encore parfois de trouver ses bases, même si tous les systèmes sont ébranlés, il est très intéressant de contempler ses frontières de l’extérieur, du côté des antiphilosophes.

 

Points faibles

Alain Badiou est magistral. Ce qui est à la fois un compliment et une critique. Il ne semble pas tirer de leçons de ses erreurs (notamment sur le plan politique). Il est meilleur quand il utilise ses compétences de philosophe pur que quand il digresse sur l’économie ou la politique. Mais il y a toujours la tentation quand on révèle des compétences exceptionnelles dans un domaine de croire qu’elles sont globales...

 

En deux mots ...

Une bonne introduction à Lacan sous l’angle philosophique, qui permet une vision claire au départ…. Il est toutefois recommandé de commencer par Freud si on veut aborder la psychanalyse.

L'auteur

Alain Badiou, né le 17 janvier 1937 à Rabat (Maroc), ancien élève de l’École normale supérieure, cacique (1er) de l’agrégation de philosophie en 1960, est l'un des philosophes français les plus reconnus sur le plan international; l'un des plus traduits, avec une œuvre considérable, dans plusieurs registres comme celui de l'ontologie,  des mathématiques, mais aussi de la politique, du théâtre. Il est  même l’auteur, en 1979, d’un romanopéra, « L'Écharpe rouge ». Tout semble donc à la portée d’Alain Badiou.

Auteur de "L'Être et l'Événement", il est également connu politiquement pour son engagement maoïste, sa défense du communisme et des travailleurs étrangers en situation irrégulière.

Très influencé par Louis Althusser, Alain Badiou se réclame du marxisme-léninisme et prend part, en 1969, à la création de l’Union des communistes de France, groupe maoïste dont il est un des principaux dirigeants jusqu'au début des années 1980. Il soutient les massacres de Pol-Pot et des Khmers rouges en 1979.

Dès sa création en 1968, il intègre l’équipe du Centre universitaire expérimental de Vincennes et contribue, durant une trentaine d'années, au développement de cette université (désormais Paris-VIII à Saint-Denis).

À Vincennes, Badiou reste plutôt du côté de Lacan, alors qu’il est accusé par Deleuze et Lyotard de stalinisme.

En 1999, il devient professeur à l'École normale supérieure de la rue d'Ulm.

Son œuvre aborde la philosophie pure (Platonisme, Ontologie, Mathématiques,..), la philosophie politique et, enfin, des sujets divers comme l’antiphilosophie, Lacan, …

Loin d'être un philosophe académique, il brouille les pistes, s'entête quelquefois dans la polémique (Sarkozy, Finkielkraut, JA Miller..) et croit encore à la possibilité de modifier notre destin, même s'il semble avoir abandonné l'illusion des lendemains qui chantent.

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