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La nuit de feu

De Eric Emmanuel Schmitt
Editions Albin Michel

Lu / Vu par

Christine Géliot-Lallour
Publié le 21 sep . 2015

Recommandation

2,0A la rigueurA la rigueur

Thème

Eric Emmanuel Schmitt a 28 ans. Il participe en tant que scénariste à un projet de film sur le Père Charles de Foucault et se rend sur les lieux, dans le Hoggar, avec son réalisateur, Gérard (qui n’a pas de nom de famille). Ils partent au désert en voyage organisé, avec un guide et un groupe de touristes.
Après quelques jours, Eric Emmanuel est très ému par l’expérience du désert et épuisé par le changement de rythme tant physique que psychologique : il pète les plombs, sème le groupe pour montrer sa joie, et fait une fulgurante expérience de décorporation.

Points forts

1) Quelques très belles pages sur le désert.

2) L’efficacité de l’agence de voyage ! Qu’on me donne l’adresse tout de suite ! Accueil exquis, paysages magnifiques, organisation sans faille, excellente cuisine, mystère du désert, parfum des ambiances ; des partenaires de marche choisis : un astronome et un géologue pour expliquer tout cela … et une prof de maths catholique pour en discuter ; et pour guide, un seigneur du désert bon et beau à mourir...

3) L’excellent bouquet de thèmes : la chaleur, l’effort physique, l’amitié, le partage des idées, le mysticisme, les traces de Charles de Foucault, le désert et le ciel de ses nuits, la Révélation divine, wouaaaah !

Points faibles

1) Le titre. Emprunter à Blaise Pascal le titre de sa révélation divine, datant de 1654, « la Nuit de feu », c’est téméraire ! D’accord, il y a prescription...

2) Manque de simplicité dans l’écriture. Elle ne coule pas, les dialogues manquent de naturel.

3) Manque de simplicité, et en même temps, manque de fond : pour un philosophe de son niveau, pour un écrivain cultivé, Eric Emmanuel Schmitt étonne en nous livrant des pensées et des conversations, notamment sur le problème du mal, qui me rappellent celles de mes copines de collège en classe de troisième.

4) L’occasion manquée d’une belle réflexion sur la vie de Charles de Foucault, sur sa prière et sur ses valeurs. Après son expérience mystique, l’auteur conclut : « Ce que Foucault avait à me dire m’avait été révélé au pied du Mont du Tahat », autrement dit : j’ai vécu la même chose et ce type n’a rien à m’apprendre!!! Et Schmitt préfère nous livrer ses états d’âme et son moi au monde...

En deux mots ...

Enrichi de son expérience mystique, Eric Emmanuel Schmitt décrit les conséquences bénéfiques qu’il en tire : d’anxieux, il est devenu durablement joyeux et il a enfin confiance en lui-même, ce qui va lui permettre d’entreprendre sa carrière d’écrivain, une réussite.

Il se demande « pourquoi moi ? ». J’aurais préféré qu’il disserte sur « pour quoi faire ? » Pour prier, pour adhérer à une religion ? Aider les gens dans la misère, enseigner la foi ? Visiter les malades ? Faire le bien ? Son Dieu s’apparentant à l’Etre suprême, militer pour rapprocher les religions ? 
Il a bel et bien écrit par la suite sur le sujet religieux. Mais, pour moi, sa « Nuit de feu » n’est pas son meilleur opus.
Si j’ai bien compris, sa rencontre avec Dieu, c’était un super coup de pouce psychologique, un antidépresseur avec effet retard à vie. 

En tout cas, ça lui a très très bien réussi !

Une phrase

Ou plutôt un court extrait:

« A l’inverse de l’angoisse, la joie m’avait intégré au monde et mis en face de Dieu. Grace à elle, je ne me sentais plus isolé, étranger, mais fécondé, uni. La force qui tenait le Tout grouillait également en moi … Si l’angoisse m’avait fait trop grand, la joie m’avait ramené à de justes proportions : pas grand par moi-même, plutôt grand par la grandeur qui s’était déposée en moi. L’infini constituait le fond de mon esprit fini, comme un bol qui aurait contenu mon âme »…

L'auteur

Normalien,philosophe, écrivain contemporain d’une grande notoriété, Eric Emmanuel Schmitt est l’auteur de nombreuses pièces de théâtre, d’essais, de romans, de nouvelles qui lui ont valu les plus beaux succès et les meilleures récompenses. Oscar et la Dame Rose, l’Evangile selon Pilate et la Nuit de Valogne, par exemple, sont aujourd’hui des incontournables de la littérature française contemporaine.

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Malheureusement, Eric Emmanuel Schmitt n'est pas Blaise Pascal...

Commentaires

Sonia GEAY - ex-chroniqueuse CULTURE TOPS (2013-2014)
Le 07 avr. 2016
à 10h44

07 avril 2016

La chroniqueuse Christine Géliot-Lallour est bien critique ! Elle s'y autorise : « à 14 ans elle avait des discussions sur des sujets existentiels similaires à celles de l’auteur avec ses copines dans la cour de récré …, c’est dire comme il est devenu simpliste E. E. Schmitt ! ».

Ce récit intense, écrit avec les mots les plus précis - qui disent avec justesse et précision ce qu'ils veulent dire - lui est passé au dessus de l'entendement.

S’émanciper de son savoir, s'ouvrir, confier son plus profond intime, ses interrogations, sa transformation, attendre 25 ans pour s'autoriser à exprimer au plus juste son vécu, ses ressentis intérieurs, ses évolutions d'homme, tout en sachant que certains esprits au rationalisme borné l'égratigneraient : c'est humble, courageux, honnête. Eric-Emmanuel Schmitt l'a fait.

Soyez curieux, ne vous retenez pas de lire ce beau récit singulier. Il vous fera faire sans effort un circuit-découverte du désert du Hoggart algérien rendu avec une acuité rare, il vous recentrera sur l'observation juste et tolérante des autres, sur la rareté et l'importance d'une rencontre humaine marquante, ou bien il vous rapprochera de vous même et vous interpellera un peu, beaucoup ou pas du tout, mais vous ne regretterez pas d'être entré dans une très belle confidence et ne l'oublierez pas.

P.S. : Emprunter un titre n'est pas plagier. "La nuit de feu" vécue par Blaise Pascal et celle vécue par Eric-Emmanuel Schmitt témoignent du même éveil. Rabaisser l'un par rapport à l'autre est vain.

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