Spécimen
Parution le 11 mars 2026
416 pages
24 euros
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Thème
Le roman s’ouvre sur Mina, assistante maternelle convoquée au poste de police au sujet de son fils Rafaël, 19 ans, animateur dans un centre aéré, disparu. Mina est la nounou de Lucas, fils de la narratrice.
Entre les deux femmes une confiance mutuelle s’est rapidement imposée si bien que Mina demande tout naturellement de l’aide à la narratrice : regarder les papiers reçus du Greffe, lui confier aussi un carnet écrit par Rafaël… Pour la narratrice, c’est le début d’une spirale infernale qui vient raviver sa propre histoire. En effet, une question la hante: qu’est devenue Laura, son amie d’enfance qui a coupé toute relation du jour au lendemain?
Au fil du récit, une tension insoutenable s’installe, il manque au lecteur une pièce du puzzle. Quelle est-elle?
Points forts
- Un récit haletant, des chapitres courts (parfois une ligne!) qui frappent fort et rythment le récit permettant de grappiller un infime morceau de compréhension à chaque page.
- Une construction savamment orchestrée. Les dernières pages apportent le dénouement tant attendu. Elles invitent instantanément à reconsidérer -et à relire!- tout le roman. Incroyable, on ne l’avait pas vu venir!
- Un personnage, Rafaël, qui loin d’être un ange n’est pas un monstre pour autant. Pauline Clavière interroge sa part d’humanité et comment il en arrive à de tels actes. Le lecteur est amené à réfléchir à notre société qui fabrique de toutes pièces des pédocriminels. Spécimen infuse encore longtemps après avoir été refermé.
Quelques réserves
Est-ce vraiment une réserve? Il faut un certain abandon de la part du lecteur pour lire ce roman. Accepter de ne pas comprendre où l'auteure veut nous emmener, c’est bien ce qui fait toute la force et la saveur de Spécimen.
Encore un mot...
En toile de fond du roman: la pédocriminalité. Pauline Clavières fait parler le Docteur Albardier, psychiatre à Sainte Anne, qui est bien réel et qu’elle a rencontré pour l’écriture de Spécimen. Elle lui donne la parole page 337: “Aujourd'hui plus de 30 % des gamins de dix ans passent plus d'une demi-heure par mois à mater de la pornographie. Voilà les derniers chiffres de l'Arcom en 2023. Le monstre social ce n'est pas un seul gamin avec une sexualité déviante, ils sont des milliers. Et je ne vous parle même pas des addicts. Je reçois ici en nombre des types qui peuvent passer jusqu'à cinquante heures par semaine à regarder du porno, cinquante heures ! Vous vous rendez compte ? Faut imaginer un peu, c'est comme une drogue, c'est même plus du plaisir à ce stade.”
C'est peu dire que Pauline Clavière s’attaque à un vaste sujet de société qui peut toucher tout le monde, de près ou de loin, mais que la honte incite à taire et dont les milliards d’euros en jeu incitent les pouvoirs publics à laisser faire. Dramatique et affligeant.
Une phrase
“Les grandes peurs ne s’effacent pas; elles s’installent. Jusqu'à ce que le greffon prenne. Que la mutation opère.” P.68
L'auteur
Après Laissez-nous la nuit (Grasset 2020), Les paradis gagnés (Grasset 2022) et Wunderland (Albin Michel 2024), Spécimen est le quatrième roman de Pauline Clavière.
Diplômée de Sciences Po, Pauline Clavière est aussi journaliste, elle anime sur Canal + l'émission culturelle et littéraire “Un petit Clique en plus”.
Une adaptation de Spécimen est déjà en cours d’adaptation par RT Features, société de production du brésilien Rodrigo Teixeira, producteur de Call me by your name (2017) et Je suis toujours là (Oscar du meilleur film 2025).
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