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Les Rien-pensants

Au plaisir de l'esprit
De Elisabeth Lévy
Editions du Cerf

Lu / Vu par

Paul Beuzebosc
Publié le 03 mar . 2018

Recommandation

4,0ExcellentExcellent

Thème

Depuis « Les Maîtres censeurs », parus en 2013, cela ne s’est pas arrangé ! Heureusement Elisabeth Lévy veille et cause, en référence à son site et à sa revue « Causeur », un refuge pour ceux qui veulent continuer à débattre, dans la version littérale du verbe, à plusieurs et d’avis différents tant qu’à faire.

Le lecteur est prévenu dès le départ, « livrer » a posteriori des chroniques datées sur des sujets d’actualité d’avril 2013 à septembre 2017 présentait un risque. Mineur tant la plume de notre bretteuse sait ferrailler, de taille et d’estoc, avec entrain et talent, sur des thèmes qu’on ne saurait voir tant ils brûlent : l’islamisme, les antagonismes pour tout et tous, le moralisme d’état de l’interdit, l’identité camouflée ou malheureuse, les nouvelles ligues de vertu, le système de mise en examen de tout ce qui déplait, dérange, dégoûte la pensée convenable, des précieux qui pensent du nez qu’ils ont délicat, du dernier chic culturel,… bref de tout ce qui engraisse, délecte et affole ceux qui préfèrent les néo-certitudes dirigées aux aléas incorrects de la démocratie.

Inutile d’ajouter que si personne n’en sort indemne, la gauche et sa courtisanerie médiatique font en priorité les frais du feuilleton de leurs turpitudes.

Points forts

A part l’indifférence, rien n’est pire que la déférence, sa principale victime. Princesse Elisabeth règne sur l’une des dernières zones libres où des éclaireurs de gauche et de droite, si cette dernière existe encore, peuvent se réunir à l’abri des ricanements de la Bienpensance.

Son goût sûr pour l’intelligence à l’ancienne, l’écriture ciselée, la formule « fait maison » secoue un air du temps qui perd de sa teneur en liberté. Rien qu’aux titres, « L’école pour personne ; la vérité ou la mort ! ; le dégout des autres ; 30 millions d’ennemis ; Paris contre le désir français ;… », le sourire achète d’emblée, savourant d’avance ce qui va suivre. Au fil des pages, l’actualité prend racine, oublie l’apparence pour plonger au cœur des choses, quel que soit le sujet, mêlant le sérieux du fond et le brillant de l’esprit.

Dans une battue revigorante, mettant à l’épreuve ses confrères sous bracelet médiatique, les consciences bohèmes du confort bourgeois, des squatteurs de la veulerie, notre bagarreuse revendiquée conspue les oukases, éreinte les porte-voix satisfaits de l’information à la chaîne fabriquée en 3X8 à la chaîne, saccage le marché du ridicule, nargue la morgue des bavards radiophoniques qui s’écoutent pour ne rien entendre. Bref, ce que l’on ne peut plus dire, elle l’écrit.

Points faibles

Il n’y a guère de faiblesse apparente chez cette dame de pique, qui met du cœur à l’ouvrage, habile à l’entame et au jeu d’attaque. Elle ne mâche pas ses mots, elle les dégaine. La loi du silence conventionné perd enfin du terrain. Pour le reste, chacun trouvera une phrase, un paragraphe, un chapitre pour lui déplaire. Tant mieux, ils ont été écrits pour cela...

En deux mots ...

Ce bêtisier des idéologies recyclées et de la néo-prétention offre une bonne cure d’insoumission, un manifeste anti-miasmes, un remède aux interdictions. Lire les « Rien-pensants », c’est revisiter des moments en les relisant d’un œil amusé mais pas dupe. Contre la dérégulation mentale, l’indépendance d’esprit de cette urgentiste à part trouve toujours les mots pour le dire. Avec de l’énergie et du caractère, la force donne du courage au bon sens. Le tout ne lui fait même pas peur, alors le rien ! Autant en rire de bonne grâce...

Un extrait

"Un jour qui sait, la France sera une idée neuve en France."

L'auteur

Nourrie au lait de la gauche souverainiste, Elisabeth Lévy, directrice de la rédaction du magazine Causeur, est l’auteur d’essais comme Les Maîtres censeurs, La Gauche face au réel, de livres d’entretiens comme Festivus festivus avec son maître, Philippe Muray et La Discorde avec Rony Brauman et Alain Finkielkraut.

Commentaires

françois Duffour
Le 18 mar. 2018
à 08h35

Je ne sais pas ce que vaut le livre mais vais le savoir car la critique est savoureuse et donne vraiment envie "d'y aller"...

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