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L’humiliation, le Moyen Âge et nous

L'humiliation, un héritage essentiel du Moyen Age
De Michel Zink
Editions Albin Michel - 272 pages

Lu / Vu par

Thomas Boespflug
Publié le 24 juin . 2017

Recommandation

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Thème

La civilisation médiévale ne craint rien plus que l’humiliation. Pourtant cette « civilisation de l’honneur » adhère avec le christianisme à une religion dont le moment fondateur est une scène d’humiliation : la crucifixion du Christ. Cette contradiction écartèle la société de ce temps. Le christianisme va faire de l’humilité une vertu, idée révolutionnaire qui est étrangère à la morale antique. Le Christ va devenir, dixit Saint-Augustin, doctor humilitatis, un maître d’humilité ; c’est par une inversion des valeurs que l’humiliation de l’humilié va se transformer en gloire de l’humilité. La dernière des Béatitudes ne dit pas autre chose: « heureux êtes-vous si l’on vous insulte à cause de moi… Soyez dans la joie et l’allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux. »

Sentiment douloureux et ambivalent, l’humiliation telle que nous la concevons aujourd’hui trouvent ses racines au Moyen Âge. C’est à cette époque, où se met en place une société modelée par le christianisme, que la civilisation occidentale doit sa capacité à s’identifier aux humiliés.

Points forts

Un cours d’histoire, façon Collège de France, s’offre au lecteur en moins de 300 pages. D’une clarté et d’une érudition rare, le propos de Michel Zink est remarquablement intéressant en ce qu’il allie à l’histoire proprement dite une analyse d’anthropologie culturelle qui nous renvoie à des caractères contemporains. Nous guidant, au fil de sa thèse, à l’aide d’exemples allant de Saint Thomas d’Aquin à Rutebeuf en passant par François Villon et la Chanson de Rolland, l’historien établi une typologie des humiliations et soulève les ambiguïtés et les racines d’une notion qui influent toujours sur nos comportements.

Points faibles

Je n'en vois pas.

En deux mots ...

Si « la recherche, parfois extrême et exaltée, de la mortification et de l’ascèse est une constante du sentiment religieux au Moyen Âge » (p. 83) n’en va-t-il pas de même, dans une moindre mesure, pour nous ? Ne sommes-nous pas souvent contrits ou dans une logique de flagellation vis-à-vis de notre passé historique ou régulièrement pris de compassion pour l’humilié que l’on voit sur nos écrans, pris soudain par l’impérieux besoin de faire pénitence ? C’est à la lumière de l’histoire médiévale que notre société peut être éclairée ; Michel Zink, grâce à sa connaissance du Moyen Âge, ce moment dont on a prétendu à tort qu’il était obscur, nous révèle cet héritage marqué par l’idée d’abaissement, dont on ne peut plus douter qu’il est encore vivace sous de nouvelles formes.

Un extrait

« La civilisation médiévale, féodale et chevaleresque, est comme toute civilisation de ce type, une civilisation de l’honneur, qui redoute et abomine l’humiliation plus que tout. Mais sa religion, le christianisme, est une religion de l’humilité. […] Cette contradiction le Moyen Âge nous l’a légué. La féodalité et la chevalerie ont disparu. La société d’aujourd’hui ne voit plus dans le christianisme la mesure et le sens de toute chose. Mais l’ambivalence de l’humiliation demeure. Nous la redoutons et nous l’évitons, car la sanction sociale de l’honneur et de l’infamie à pour nous un sens. Mais nous ne condamnons pas l’humilié. C’est au contraire à lui que spontanément nous nous identifions. Sans hésitation nous faisons nôtre sur ce point la tradition judéo-chrétienne. »

L'auteur

Médiéviste français, éminent spécialiste de la littérature du Moyen Âge, Michel Zink a été titulaire de la chaire de littérature médiévale au Collège de France,  de 1995 à 2016. Il est membre de l’Institut. Il est également l’auteur de Bienvenue au Moyen Âge, Ed.Les Equateurs, 2015.

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